Critiques

Banquise : Pingouins menacés

Pour les 3 à 8 ans

Anton Pravitch, « le vieux pépé » de concierge (comme le décrit Félix, mon jeune compagnon de 4 ans), rêve d’un cirque fabuleux et nous convie au dressage de ses pingouins musiciens. Bienvenue au cirque Pinguinski Musicales ! Au centre du plateau, une banquise sur laquelle se produiront les habiles pingouins musiciens que leur dresseur initie à des tours simples : passer à travers un cerceau, sauter par dessus un fouet ou l’utiliser comme balise de mambo, jongler avec une terre ballon avec sa tête, son corps, ses pieds… tout en jouant de son instrument. Les petits gourmands se prêtent à toutes les facéties de leur maître et se laissent ainsi apprivoiser pour le plus grand bonheur des foules qui en redemandent.

Or à chaque nouvelle pièce, pour chaque nouveau tableau, le maitre-dresseur allume les projecteurs pour magnifier ce spectacle merveilleux. Cette surenchère de moyens techniques fait cependant fondre la banquise. Terrorisés les petits pingouins deviennent de plus en plus inquiets et couinent à qui mieux mieux. Mais aveuglé par ses rêves de star du showbiz, Anton Pravitch s’obstine à monter d’autres morceaux, à utiliser de plus en plus d’éclairage, si bien qu’à la fin toute la banquise a disparu et les pingouins se retrouvent confinés sur un petit bloc de glace, perdus dans un océan infini où ils n’ont plus de prise.

Cette fable musicale destinée aux enfants à partir de trois ans fonctionne sur plusieurs niveaux  et se prête aux interprétations ouvertes selon l’âge du spectateur. Il s’agit d’un théâtre sans texte. Le très jeune public se bidonne sur les pitreries du maître de cérémonie et applaudit les musiciens. Il est  même inquiet lorsque grondement et tremblement annonce la fonte de la banquise, des morceaux se désagrégeant et emportant même Anton dans les flots. Moment de tension de Félix qui s’inquiète de sa disparition, mais Anton épuisé et blessé ressortira vivant quoique boiteux de cette terrible catastrophe.

Le théâtre Maât de Belgique aborde ainsi un thème majeur de l’actualité. Les créateurs poussent même l’audace jusqu’à terminer sur une note tragique ; ils nous laissent sur une image triste de pingouins aphones abandonnant leurs instruments et d’un dresseur de pingouins qui nage sans fin, cherchant un endroit où mettre pied.

Ainsi les deux espèces sont menacées à cause de la folie de l’homme : une surexploitation des ressources, un usage abusif des technologies qui provoquent le réchauffement climatique.  Plus jamais les notes de l’accordéon, du saxophone et du violoncelle ne viendront combler nos expériences esthétiques.

 

Banquise
Scénario de Christine Smeysters et Hadi El Gammal
Mise en scène par Christine Smeysters
Une production Théâtre Maât (Belgique)
Au Théâtre Les Gros Becs (Québec), jusqu’au 6 novembre 2011

À la Maison Théâtre (Montréal), du 28 mars au 22 avril 2012

Alain-Martin Richard

À propos de

Il vit et travaille à Québec. Artiste de la manœuvre et de la performance, il poursuit en parallèle un travail de commissaire, de critique et d’essayiste.

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