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S’engager? | Albert Camus et Michel Vinaver

Paru récemment, aux éditions L’Arche, S’engager? – Correspondance (1946-1957), d’Albert Camus et Michel Vinaver. 

Résumé:

Le 15 avril 1946, à New York, à la fin d’une conférence, Michel Vinaver aborde Albert Camus, comme l’ont fait, vraisemblablement, de très nombreux jeunes gens. Que lui a-t-il dit, pour poser les prémisses d’une collaboration littéraire et d’une amitié réelle? Ce séjour aux Etats-Unis représentait pour Camus une première forme de consécration internationale. Vinaver, jeune Français de dix-neuf ans, d’origine juive, refugié avec sa famille aux Etats-Unis depuis 1941, était étudiant à Wesleyan University, dans le Connecticut. Camus accepta de revoir Vinaver. Quand celui-ci lui dit qu’il préparait un mémoire sur l’humour dans La Colonie pénitentiaire de Kafka et L’Étranger, le contact s’établit vraiment.

S’engager? L’enjeu tient dans le point d’interrogation. Camus et Vinaver ont tous les deux hésité, ils ont perçu quels écueils menaçaient la littérature engagée. «J’aime mieux les hommes engagés que les littératures engagées, écrivait Camus dans ses Carnets de l’automne 1946. Du courage dans sa vie et du talent dans ses œuvres, ce n’est pas si mal.» N’empêche qu’il a aussi pensé qu’écrire oblige. Vinaver avait le désir farouche, en tant qu’homme et citoyen, de s’engager dans les combats sociaux et politiques de son temps (comme le prouve son engagement militaire, à 17 ans, dans l’Armée française de la Libération). Il reproche même à Camus de se montrer trop prudent, réaliste, ou défaitiste. Mais c’est sur le plan de l’écriture que Vinaver formule une idée tout-à-fait nouvelle et puissante: l’écrivain n’a pas à s’engager, il doit écrire au hasard, avec sincérité, et un effet se produira quand même, et peut-être plus sûrement encore. Un trop fort sentiment de responsabilité s’avère fatal à la créativité aussi bien qu’à l’efficacité des textes produits.

L’indifférence, l’engagement, l’objection… différentes attitudes vis-à-vis du réel, dont le sens et les tensions, par-delà les années, nous aident a penser et a affronter l’aujourd’hui.

 

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