Critiques

Séquence 8 : 8 + 8 = 10 sur 10

Je joins ma voix au concert d’éloges qui a encensé la plus récente création des 7 doigts de la main, Séquence 8. Après avoir cassé la baraque à Lyon et Montpellier, la huitième œuvre de la compagnie montréalaise arrive à la maison portée par huit artistes doués et fougueux. 

Au début du spectacle, des images en petits groupes se succèdent, rapidement entrecoupées de noirs: figures dans le mât chinois, on joue aux échecs, on fait un château de cartes… Une théâtralité axée sur un jeu naturel, des textes et images ludiques qui font rire et sourire, à l’aune du spectacle qui explore les rapports humains, l’autre. Ces relations, qui apparaissent simplement épidermiques pour certains dans le cas du cirque, s’avèrent pourtant cruciales puisque c’est la chimie et la confiance entre les partenaires qui constitue souvent l’ingrédient intangible qui fait la magie d’un spectacle. Et il faut dire que Les 7 doigts de la main savent judicieusement choisir les êtres et les talents au cœur de leurs créations. À l’instar de chorégraphes comme Ginette Laurin ou Hélène Blackburn qui « écrivent » avec le vocabulaire de leurs danseurs, Shana Caroll et Sébastien Soldevila ont amalgamé à leur imaginaire celui d’interprètes polyvalents et créatifs. 

Outre la synchronisation des éclairages et de la musique avec les séquences acrobatiques, l’efficacité de la mise en scène de Séquence 8 repose sur la fluidité des chorégraphies et l’approche ludique des disciplines. Pendant le numéro de trapèze fixe, par exemple, le groupe en mouvement réagit de façon touchante aux figures de Maxim Laurin, qu’on revoit plus tard dans un numéro de planche coréenne très réussi avec Ugo Dario. Dans le cas de la barre russe, on voit davantage que les prouesses ; manipulé par les porteurs l’appareil devient une ligne oblique ou pivote à la verticale et il y a la gestuelle de l’élégante voltigeuse Alexandra Royer, qui évolue tout aussi gracieusement plus tard dans un cerceau aérien aux reflets métalliques. Quant à Éric Bates, formidable manipulateur, les partitions dansées et acrobatiques de ses collègues, qui s’emparent de ses boîtes à cigares, se les passent ou lui lancent, donnent une belle envergure à sa prestation. Les objets occupent un espace beaucoup plus important que s’il était seul et complexifient la lecture du numéro auquel fait écho une entrevue radio où une boîte devient un livre dont l’animateur tire une citation existentielle inattendue. 

Plusieurs autres heureux moments dans ce spectacle comme les questions posées en français à l’auditoire en guise de pause ou, dans un registre plus physique, l’expressivité dans la gestuelle de Camille Legris, excellente voltigeuse de main à main. Dans Séquence 8, le matériau acrobatique et artistique rejoint l’intime, et amène l’émotion en reliant sans cesse l’extraordinaire à l’humain. 

Les 7 doigts de la main fêtent leur dixième anniversaire avec un été bien rempli : la création de Séquence 8, présenté en France à Montréal et en Autriche, celle de Amuse au Mexique et la huitième édition du Projet Fibonacci à Buenos Aires. Sans oublier la diffusion de Loft a Berlin, de Traces à New York et à Sherbrooke et de La Vie à Prague, fin août. 

 

Séquence 8 
Une création des 7 Doigts de la Main
Jusqu’au 15 juillet à la Tohu
Dans le cadre de Montréal Complètement Cirque

Françoise Boudreault

À propos de

Depuis une vingtaine d’années, elle fréquente le cirque comme rédactrice, journaliste, enseignante, chercheure, animatrice et spectatrice. Elle a notamment été coordonnatrice au développement professionnel pour En Piste, le regroupement national des arts du cirque.

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