Critiques

Une soirée complètement burlesque

Avec son accent british, le MC nous donne dès le départ les règles du jeu pour La Soirée : ici on s’amuse, on boit et on fait du bruit. Lors des éditions 2010 et 2011 de Montréal Complètement Cirque, le cabaret des 7 doigts de la main occupait la scène de l’Olympia dans un tout autre esprit. Avec des disciplines d’ampleur – planche sautoir, appareils aériens – et un spectacle intégrant des textes, des solos, des numéros de groupe avec un ton enjôleur, sexy et drôle. 

La Soirée fait différemment l’exercice de style du cabaret avec des tables sur la scène et une estrade circulaire pas très grande au centre de la salle. Si au cirque on voit souvent la peau des acrobates, dans ce cabaret pour adultes assaisonné d’une forte dose de burlesque, leur corps est montré avec une connotation explicite. Il s’agit clairement de divertissement et les numéros utilisent différents procédés pour nous faire rire comme l’excès, le « trop » assumé de Gâteau au chocolat, corpulent chanteur à la voix puissante. Très en chair, il porte des costumes excentriques et improbables comme celui du Sphinx dans la version vintage de Batman, assorti d’une perruque blonde et d’immenses faux-cils: too much mais cocasse. Dans un numéro essentiellement comique, Mooky obtient la collaboration d’un spectateur qui lui donne la réplique en lisant les réponses écrites sur différents endroits de son corps. Le maladroit et le grotesque font marrer quand Nate Cooper arrive en patin à quatre roulettes, échappe ses balles, se travestit sommairement, sort des couteaux à jongler et troque ses patins contre de très hauts souliers plateforme. Tout est dans les préliminaires car sa prouesse finale ne dure que quelques secondes. Deux solides acrobates brisent le sérieux du cliché british dans un excellent numéro de main à main. Stéréotypés et plutôt coincés, ils ôtent soudainement leurs vêtements pour ne garder que leur slip aux couleurs de l’Union Jack, leurs bas …et leur chapeau melon. Les numéros d’Ursula Martinez mélangent les genres : strip tease et magie avec mimiques au public appuyées par la musique ou encore un cours très abrégé d’espagnol fripon, accompagné à la guitare. 

Présentée comme famille dysfonctionnelle, la troupe a ajouté de nouveaux performeurs, mais a gardé plusieurs éléments de La Clique, vu à Montréal en 2006. La formule est restée exactement la même et si le spectacle est perçu comme marginal et provocateur en Europe, il apparaît cependant plutôt mainstream à Montréal où, sans l’humour présent dans la plupart des numéros, les amateurs du genre ne passeraient pas une aussi bonne soirée. 

La Soirée
Jusqu’au 15 juillet à l’Olympia
Dans le cadre de Montréal Complètement Cirque

 

 

Françoise Boudreault

À propos de

Depuis une vingtaine d’années, elle fréquente le cirque comme rédactrice, journaliste, enseignante, chercheure, animatrice et spectatrice. Elle a notamment été coordonnatrice au développement professionnel pour En Piste, le regroupement national des arts du cirque.

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