Critiques

Le sacre du printemps : Fausse fosse

Nombre de chorégraphes se sont attaqué au Sacre du printemps de Stravinski, que l’on pense à Marie Chouinard, Pina Bausch ou Maurice Béjart. À son tour, le danseur français Xavier Le Roy revisite cette œuvre qui célèbre son centenaire cette année, et présente une proposition singulière où il se met dans la peau d’un chef d’orchestre.

Un maestro vêtu d’un jeans et d’un polo rouge entre sur une scène complètement dépouillée, baignée d’une lumière blanche, tout comme l’est la salle. Commence le Sacre du printemps, que le chef d’orchestre dans la cinquantaine dirige d’une main de maître. Seul hic, il n’y a pas de musiciens. Quoique… Des haut-parleurs logés sous les sièges et diffusant la musique d’une façon telle que les différentes places des spectateurs correspondent à autant de sections d’instruments, dirigés par le performeur comme s’il était réellement face à des musiciens, font qu’on s’y croirait presque.

Sur papier, l’idée est excellente. Dans la salle, beaucoup de trouvailles le sont aussi. Xavier Le Roy possède l’œuvre de Stravisnki et il faut voir comment, quelques secondes avant l’amorce d’un mouvement musical, l’interprète regarde en direction des spectateurs situés à l’endroit où une section va commencer à jouer. Ce contact privilégié laisse une grande place au spectateur, qui ne se fait pas du tout regarder de la même façon s’il «est» une clarinette ou un instrument percussif, s’il «joue» un solo ou s’il doit suivre l’ensemble. Les mouvements sensibles de Xavier Le Roy, en résonnance directe avec la pièce musicale, sont ceux d’un chef d’orchestre véritablement habité par l’œuvre.

Or, même si l’exaltation de l’interprète fait plaisir à voir, l’ensemble finit par être redondant. Ce spectacle d’une heure est bien traversé de quelques ruptures qui insufflent une respiration à l’ensemble, mais celles-ci se révèlent être des amorces trompeuses, des pistes inachevées. Prenons ce moment magnifique où la musique cesse, mais où le maestro continue de diriger comme si de rien n’était, yeux clos, ou cet autre où le chef d’orchestre sort de scène alors que la musique continue. Deux surprises qui rompent avec le déroulement du spectacle, mais qui restent sans développement, alors que le maestro recommence à conduire l’orchestre.

L’ingéniosité et la précision au cœur de cette performance ne laissent certes pas indifférent, et même si observer Xavier Le Roy en mouvement devient une expérience unique, un certain état contemplatif  est de mise pour apprécier pleinement ce spectacle.

Le sacre du printemps

Concept et interprétation: Xavier Le Roy. Une production de In situ Productions et le Kwatt. À l’Agora de la danse, à l’occasion du FTA, jusqu’au 29 mai 2013.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *