Critiques

Les Dévoilements simples (strip-tease) : Nu banal

Nans Bortuzzo

Quiconque n’a jamais vu de nu naturel trouvera probablement ce spectacle osé. Comme ce n’est pas mon cas, plutôt que de l’audace, j’y ai vu la banalité de mouvements répétitifs, sans pourtant que cela ne gomme complètement une petite dose d’humour, et de la beauté par moments à voir ces corps à la nudité amplifiée par la musique de J. S. Bach.

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Le metteur en scène, Félix-Antoine Boutin, ne s’appuie pas sur un texte, mais sur une série de tableaux, parfois très brefs et souvent statiques. Sur un sol végétalisé, quinze personnes la plupart du temps impassibles et une tortue (vivante) apparaissent tantôt seules tantôt en groupes de deux, trois ou plus. Et, sauf la tortue, tout le monde passe son temps à enlever et remettre des vêtements, de toutes les manières possible : lentement ou prestement, en se les faisant ôter ou enfiler par quelqu’un d’autre, en apparaissant nu(e), au premier plan ou dans le lointain, derrière des panneaux transparents.

Des femmes se placent devant ou au-dessus d’un ventilateur qui soulève le tissu qui cache leur sexe ; une autre vient se tailler les poils du pubis ; un homme vient secouer violemment son sexe de droite à gauche ; une femme, de dos, fait de même avec ses fesses ; un gros ours menaçant devant un homme nu couché au sol enlève sa peau pour révéler un corps de femme ; une femme, puis plusieurs personnes, vues de dos, arborent des fleurs coincées entre leurs fesses ; et ainsi de suite dans cette série de poses souvent abracadabrantes.

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Le texte ? Il est réduit à deux ou trois phrases. J’ai retenu : « Ma peur et mon cynisme sont un chat » et « Je veux être un chien ». Un comédien appelle son père sur son téléphone en activant la fonction mains libres, et lui décrit son strip-tease en public.

De la banalité donc, un peu d’humour et de beauté (un corps nu est toujours beau, parce que naturel, vulnérable, fragile : il vole la vedette au comédien), mais aussi de la perplexité. En une cinquantaine de minutes de va-et-vient, que veut-on nous dire au juste ? Le metteur en scène affirme dans le programme vouloir explorer l’intime, qui, selon lui, est toujours politique. Bon. Gros avantage : le spectacle n’a pas dépassé une heure.

Les Dévoilements simples (strip-tease)

Création et mise en scène : Félix-Antoine Boutin. Une production de la compagnie Création Dans la Chambre. À la Chapelle jusqu’au 14 février 2015.

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