Entrevues

S’appartenir(e) : paroles de femmes

Réunissant des textes de Joséphine Bacon, Marjolaine Beauchamp, Véronique Côté, France Daigle, Rébecca Déraspe, Emmanuelle Jimenez, Catherine Léger et Anne-Marie Olivier, S’appartenir(e) a été conçu et dirigé par Marcelle Dubois, Brigitte Haentjens et Anne-Marie Olivier.

Ces paroles de femmes venues de Québec, de l’Acadie, du Bas-Saint-Laurent, de Montréal, de Pessamit, de l’Outaouais et d’Ottawa poétisent, slament, racontent, célèbrent la langue.

En scène, les neuf auteures et un musicien, Éric Forget, dans la mise en espace de Catherine Vidal. Au téléphone, Catherine Vidal revient sur ce projet collectif et réjouissant.

Les femmes célèbrent la langue, mais que disent-elles ?

 Cela touche beaucoup de champs, dans le fonds et la forme. On y trouve une lettre au Premier ministre, un texte d’Emmanuelle Jimenez qui parle de santé mentale, une courte pièce de Catherine Léger qui propose un moyen pour le moins étonnant de déradicalisation des djihadistes, un texte de Joséphine Bacon qui nous renvoie à nos origines… Il y a une grande variété de paroles. C’est une mosaïque, un portrait  de groupe qui touche au féminin, ou plutôt à l’humain par la parole féminine.

Est-ce un spectacle féministe ou féminin ?

Féminin plutôt que féministe, il n’y a pas de pancartes brandies ! Mais, avec neuf auteures rassemblées,  il y a forcément quelque chose de féministe. Toutes ces questions sont posées, avec les complexes associés à la création au féminin : est-ce que cela va intéresser les gens, est-ce que les hommes vont se sentir interpelés ? Quand on l’a joué au Trident, en mars, le public était composé de jeunes, de vieux, de gars et de filles…

Je me sens mal outillée pour parler du féminisme contemporain, mais je peux faire des constats, notamment sur la difficulté à se situer par rapport au féminisme, la crainte d’être associée à quelque  chose de radical. Cette ambivalence de ne pas savoir comment défendre le féminisme aujourd’hui, qui transparait dans certains textes, est intéressante. Ces paroles de femmes dressent un portrait assez juste  de notre génération, où les problématiques ont à la fois changé et sont restées les mêmes par rapport à nos mères et nos grands-mères.

Pour nous, la vraie question est : comment prendre la parole aujourd’hui, et pas seulement en tant que femme ?  Il faut se décomplexer et le faire de façon libre, ne pas avoir à se justifier parce que nous sommes des femmes.

Comme le dit Emmanuelle Jimenez, dans son texte Les gros bras de Judith : « Le désavantage est frappant. La moitié de l’espèce humaine explore librement sa créativité, tandis que l’autre doit toujours justifier sa place. »

« Quand des gars font un “show de gars“, reprend Catherine Vidal, on ne leur demande pas de se justifier. Mais quand les femmes prennent la parole, elles doivent expliquer pourquoi. Aussi, ce projet est une belle occasion de le faire de façon décomplexée.

Je ne voulais pas que ce soit des acteurs qui disent un texte mais les auteures elles-mêmes, qui ne sont pas toutes comédiennes. Je voulais garder l’empreinte de l’écriture, dans une grande simplicité. En fait, j’ai plus le sentiment d’avoir orchestré le tout, un peu comme un DJ, en travaillant sur les transitions, sur la résonnance des textes entre eux, comment l’un pouvait devenir le tremplin de l’autre. Avec Éric Forget à la musique, nous avons cherché à donner une texture à chaque texte.

Il y a un côté jouissif à prendre la parole sur scène en gang de filles, et je me suis concentrée là-dessus… »

S’appartenir(e) sera présenté le 27 mars au Centre national des arts à Ottawa, à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, et en ouverture du Festival du Jamais Lu, au Théâtre Aux Écuries, le 1er mai 2015.

Les textes de S’appartenir(e) sont réunis dans un livre publié par Atelier 10 dans la collection « Pièces ».


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