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Entrevues

Marianne Dansereau et les mathématiques appliquées

Diplômée en interprétation en 2014 de l’École nationale de théâtre, Marianne Dansereau a suivi les conseils de ses professeurs qui lui suggéraient d’être une actrice-créatrice. Son texte Hamster, qu’elle  a présenté à Zone Homa en 2013, a obtenu le prix du CEAD pour le « texte le plus prometteur ». L’année suivante, elle participe à la Soirée qui goûte le mauve, au OFFTA, avec Les fournisseurs de McDonald’s n’utilisent pas de peinture à base de plomb dans la conception des jouets du Joyeux Festin. Pour sa première présence au Jamais Lu, elle présente Savoir compter, une pièce mise en lecture par Geoffrey Gaquère.

« Avec Savoir compter, je voulais travailler sur la forme, que ce soit surprenant et déstabilisant. On est bien assis au théâtre, on écoute une histoire avec un début, un milieu et une fin. On peut même y dormir… J’avais envie d’interpeler le spectateur, de le pousser au bout de son fauteuil et de lui donner l’impression de résoudre un problème de mathématiques. Dans le texte, se côtoient trois niveaux de temporalité : le passé, le présent et l’imaginaire d’un personnage, mais les scènes sont dans le désordre. Tout est mélangé et mon défi en tant qu’auteure est que le public suive l’histoire malgré tout.

L’intrigue au départ est très simple : deux jeunes, qui fréquentent une école privée, sont amoureux. Mais on apprend que le gars trompe la fille. Elle va alors accomplir des choses que seule la haine peut dicter et dont les conséquences seront dramatiques. La pièce met en jeu la responsabilité collective : comment vivre avec ce qu’on a fait ? Savoir compter est une histoire de vengeance, une toile de mensonges mal ficelés qui vont servir d’indices.»

Pour Marianne Dansereau, participer au  Jamais Lu est l’accomplissement d’un rêve : « C’est une plateforme extrêmement motivante pour écrire et présenter un texte. Mais c’est aussi un plongeon, une façon de le tester ! Je suis impatiente de voir la réaction du public, mon texte est très cru, très sexuel. J’ai 23 ans, je parle de ce que je connais, de ce qui fait mal actuellement d’un point de vue relationnel. Ce n’est pas normal de ne pas pouvoir se rattacher à rien, de ne pas rêver de rencontrer l’amour, ce n’est pas normal que l’amour soit  ressenti comme une menace !

S’appartenir… On ne peut plus s’appartenir entre nous, c’est impossible. Le modèle parental, avec séparations et divorces, a faussé notre vision du couple et nous avons du mal à y croire. Nous évoluons dans l’éphémère, dans le banalisé. C’est très alarmant. J’ai l’impression que nous parlons un langage affectif que nous ne comprenons pas, nous envoyons des signaux qui ne sont pas reçus, les rapports sont troublés. Difficile, dans ces conditions, de construire une relation. Pourtant, tout est ouvert… Peut-être trop ? Il faudrait se trouver des routes communes. Politiquement, affectivement, c’est souvent le free for all pour notre génération, et pas seulement en art. Tout en testant nos limites, il y a une notion de respect à découvrir.»

La saison prochaine, Marianne Dansereau sera accueillie en résidence d’écriture au Théâtre Aux Écuries, où elle sera coachée par Olivier Choinière. À suivre, donc…

Savoir compter

Texte de Marianne Dansereau. Mise en lecture de Geoffrey Gaquère. Au Théâtre Aux Écuries, lundi 4 mai à 20 h. Suivi de Soir de scotch n°3, Leçon de mathématiques avancées, avec Paul Lefebvre.

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