Critiques

Si les oiseaux : Le règne du pathos

Pour écrire Si les oiseaux, l’Ontarienne Erin Shields s’est inspirée des Métamorphoses d’Ovide où Philomèle (Marie-Ève Milot) est sauvagement agressée et violée par Térée (Pascale Contamine), le despotique mari de sa sœur Procné (Catherine de Léan), laquelle, pour se venger de lui, lui fait manger son fils. Ils finiront tous les trois transformés par les dieux en oiseaux. L’auteure a également puisé dans les témoignages de survivantes des massacres et viols généralisés qui ont eu lieu au Rwanda, en Bosnie-Herzégovine, au Bangladesh, à Nankin et à Berlin. Ainsi, un chœur de cinq femmes raconte les sévices dont elles ont été les victimes et, dans la mise en scène de Geneviève L. Blais, les chante, au plus grand déplaisir de nos oreilles.

Le viol comme arme de guerre, voilà un sujet qu’on ne dénoncera jamais assez. Shields s’interroge sur la façon dont les victimes peuvent retrouver force et dignité, et affirme la nécessité de briser le silence. On se demande toutefois comment son texte a pu obtenir le prix littéraire du Gouverneur général en 2011, tant les tableaux sont redondants et mal agencés. La rencontre de la tragédie et du témoignage ne fonctionne pas et la métaphore des femmes-oiseaux, répétée à l’envi, ne convainc jamais. De plus, les niveaux de langue discordants nous heurtent les oreilles à plusieurs reprises (problème de traduction?).

La magnifique scénographie de Jean Brillant et Éric Olivier Lacroix, un ensemble de grandes structures à plusieurs niveaux en métal rouillé, ne sauve malheureusement pas le spectacle du naufrage, la metteure en scène (à qui l’on doit notamment Judith (L’adieu au corps) qui fut présentée dans le stationnement souterrain du marché Jean-Talon en 2011) n’ayant su éviter le pathos et l’usage maladroit de symboles éculés, comme le fruit éventré (ici des grenades) dans les scènes de violence. Saluons tout de même la prestation de Marie-Ève Milot en jeune fille joyeuse et insouciante terrassée par une violence inouïe, abominable, mais refusant de taire l’indicible ignominie jusqu’à ce qu’on la réduise au silence.

Si les oiseaux

Texte: Erin Shields. Mise en scène: Geneviève L. Blais. Une production du Théâtre à corps perdus. Au Théâtre Prospero jusqu’au 31 octobre 2015.

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