Nouvelles

Critique, un métier en péril

Le 25 novembre, l’Association québécoise des critiques de théâtre a profité de l’annonce de ses Prix de la critique pour émettre une lettre qui traduit les inquiétudes de ses membres. Alors que la critique culturelle ne cesse de perdre du terrain dans les médias traditionnels, le président de l’AQCT, Philippe Couture, et la vice-présidente, Aurélie Olivier, souhaitent « réaffirmer l’importance de la critique de théâtre dans la société ».

Critique, un métier en péril

Depuis plusieurs années, on assiste à la disparition progressive de l’espace critique dans les médias au profit de l’espace promotionnel. Ainsi le marketing prend peu à peu la place du choix éditorial (on parle plus volontiers des spectacles qui ont acheté un espace publicitaire), on sème volontairement la confusion entre la critique et le « prépapier », on brouille la frontière entre les articles écrits par des journalistes et les publireportages ou « vox-pop », et on accorde à la critique de théâtre un espace de plus en plus réduit, quand on ne la supprime pas purement et simplement.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur inquiétante, et engendreune situation frustrante à la fois pour le public, pour les critiques et pour les artistes. En effet, comment développer un argumentaire satisfaisant quand on dispose en tout et pour tout de quelques paragraphes ou de moins d’une minute à la radio? Sans espace adéquat pour se déployer, c’est la pensée elle-même qui rétrécit.

Par ailleurs, s’opère un déplacement progressif de la critique des médias généralistes vers les médias spécialisés, notamment les revues culturelles, les blogues, les émissions de radio communautaires. Si ceux-ci jouent un rôle à part entière, il est toutefois indispensable que la pensée critique déployée dans les arts, et, notamment, dans le théâtre, soit transmise au plus grand nombre et ne soit pas l’affaire de quelques niches que seuls fréquentent ceux qui sont déjà initiés.

Il est aussi indispensable de mettre rapidement un frein au démantèlement du métier de critique culturel. Non seulement on assiste à une quasi-disparition des postes permanents, mais les médias découragent la spécialisation, engendrant ainsi un discours autour des œuvres qui manque de profondeur, et qui ne permet pas de mettre en perspective le travail des artistes. Tout se passe comme si l’on attendait du critique qu’il devienne un instrument de l’industrie culturelle et qu’il se mette au service de la machine promotionnelle.

Le populisme a la cote

Comme toute discipline humaniste, la critique de théâtre vise à développer la pensée, à ouvrir l’esprit, à susciter la réflexion, à provoquer la discussion, toutes choses fondamentales dans une société. Elle est indispensable pour comprendre à la fois un spectacle et l’air du temps.

Malheureusement, de nombreux patrons de presse ne s’intéressent plus à l’oeuvre ou au discours, mais à l’événement, et on ne peut que déplorer, tant du fait des chroniqueurs que des politiques, la banalisation d’un discours populiste réducteur qui déprécie à la fois les artistes et les critiques, et qui appauvrit la société québécoise tout entière. Ainsi en est-il également de la complaisance et de la culture du consensus.

La critique de théâtre contribue au brassage d’idées et à l’édification de l’histoire du théâtre et du spectacle vivant, et, comme telle, joue un rôle essentiel qu’il convient de revaloriser au plus vite.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *