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En coulisses avec Flip FabriQue

Le metteur en scène Alexandre Fecteau travaille sur le prochain spectacle de Flip FabriQue, qui ouvrira Montréal Complètement Cirque en juillet prochain.

Dès sa première création, la compagnie de cirque Flip FabriQue a fait appel à un metteur en scène de théâtre pour élaborer une dramaturgie autour de ses prouesses. Attrape-moi ! a été présenté au théâtre jeunesse les Gros Becs et mis en scène par Olivier Normand, avant de se lancer dans une tournée nationale et internationale. Pour leur second spectacle en salle, qui ouvrira le festival Montréal Complètement Cirque en juillet prochain, la troupe travaille avec Alexandre Fecteau, connu pour ses docu-théâtre interactifs comme Changing Room et Le NoShow.

Nous l’avons rencontré en février dans un hangar de Limoilou transformé en gymnase et en salle de répétition. Entre les sangles, les hula hoop, les tapis et les trampolines, des jouets d’enfants laissent deviner qu’avec Flip FabriQue, la création est une affaire de famille. Les échauffements se font en groupe — même le metteur en scène en profite pour se mettre en forme —, et les éclats de rire fusent à travers la musique entraînante alors que Fecteau tente de faire le point sur sa première expérience au cirque.

« Je découvre encore, on est en plein dedans », dira-t-il à plusieurs reprises au cours de l’entrevue. « J’ai beaucoup été dans les mots. Travailler sans mots, ou avec très peu de mots, ça m’amène ailleurs. Quand j’ai proposé le concept à Bruno Gagnon, le directeur général et artistique de la troupe, il m’a dit : “Si tu peux présenter ça en 95 % de corps et 5 % de mots, go !” C’est donc un peu ça ma contrainte. »

En cirque, les pièces d’assise du spectacle sont les spécialités et les qualités techniques de chacun des interprètes. « Pour être très bon chaque soir dans cinq mois, il faut qu’ils maîtrisent leurs mouvements dès maintenant », note le metteur en scène. Il compare les artistes de cirque à des champions d’échec, qui voient huit coups d’avance ; ils possèdent une maîtrise du mouvement et une intelligence du corps et de l’espace qui multiplient les possibilités de mouvement et de déplacement. Les personnages que l’on voit sur scène se nourrissent des personnalités des interprètes. « L’idée est d’exploiter les forces et l’énergie de chacun le mieux possible », indique Fecteau. Maîtres de leurs disciplines respectives, ils doivent se réinventer. Jade Dussault, par exemple, qui fait du hula hoop, « avait le désir marqué de ne pas toujours être seule pour son numéro, raconte Fecteau. On a mixé le hula avec une autre discipline pour que ça devienne un numéro de groupe. » 

14481894_900680840063235_766434188555530884_oDéfier les lois de la physique

« Au théâtre, notamment dans Changing Room et Le NoShow, j’ai beaucoup exploré certaines émotions fortes, dans le moment présent. Dans le cirque, c’est intrinsèque », souligne-t-il. Plutôt que de s’identifier à un personnage ou à un parcours émotionnel, le spectateur de cirque va ressentir une certaine « empathie par le corps » pour les risques que prend l’interprète et une excitation devant sa réussite. Si le théâtre travaille souvent avec la psychologie, le cirque, lui, défie les lois de la physique, croit Fecteau.

Le metteur en scène a repris un procédé qu’il connaît bien, les entrevues individuelles, pour mieux connaître les membres de Flip FabriQue au début du processus de création. Il voulait être en mesure de leur proposer un concept qui leur ressemble. « On savait déjà qu’on voulait travailler sur l’idée de dernière fois. Parce qu’ils se doutent bien que la vie, au moment où ils feront une nouvelle création, fera en sorte qu’ils ne pourront sûrement pas être présents tous les six », explique-t-il.

L’excitation un peu spéciale de la dernière fois, cette idée du passage à l’âge adulte, du bal de finissants, de l’enterrement de vie de garçon, Flip FabriQue l’évoque sur son site Internet en parlant de sa nouvelle création, qui n’avait pas encore de titre au moment de l’entretien. « C’est une vraie troupe : ils tournent, ils voyagent, ils créent ensemble. C’est sûr que ça m’a amené à l’idée de la tournée ; je me suis beaucoup intéressé aux coulisses dans Changing Room, notamment, alors ça me parlait », ajoute Fecteau. « La coulisse de cirque, ce n’est pas du tout la coulisse de théâtre. C’est plus sportif, on s’échauffe, on essaie ses bases, on se lance des défis, on se fait des coups. On est entre le vestiaire et la loge. »

Aller vers la fête

La notion de numéro, bien difficile à dissocier du cirque, même dans les spectacles de cirque contemporain, sera là, mais décomposée, fragmentée, interrompue, reprise. Le rythme du spectacle s’annonce très rapide — « ce qui fait un peu peur aux interprètes pour l’instant », commente le metteur en scène, mais qui permettra de voir le devant puis l’envers du décor. « Je pense à une troisième partie où on se permet tout. Ça va un peu vers la fête », glisse-t-il, prudent, puisque la troupe est encore en pleine création.

Si on en croit ses créations précédentes, Fecteau a le don de faire d’un spectacle un événement. Il transformait les salles de théâtre en cabaret pour Changing Room, donnait l’impression au spectateur d’être inclus dans un souper entre amis pour La Date, créait un carnaval décalé dans les nouvelles casernes pour le tableau « Fêter quoi ? » de la mouture 2015 du parcours Où tu vas quand tu dors en marchant… ?

Flip FabriQue, avec Attrape-moi ! et Crépuscule, un spectacle extérieur présenté tout l’été dernier au Vieux-Port de Québec, insuffle au cirque la nostalgie de l’enfance, l’effervescence du jeu, la puissance de l’amitié. Tous deux s’annoncent rafraîchissants. Les metteurs en scène, tant Olivier Normand qu’Alexandre Fecteau, servent un peu de chefs d’orchestre, pour qu’une histoire, un souffle, surgisse. « Ça fait partie de [la] volonté [des membres de Flip FabriQue] de ne pas être trop traditionnels. Ils veulent aller chercher une certaine dramaturgie à l’intérieur du spectacle. Ils se font très confiance en cirque, mais le théâtre permet de mettre tout ça ensemble », explique Fecteau.

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