Joël Morin-Ben Abdallah et Charlie Marois

Chaque automne depuis 2000, à Marseille, le festival Actoral propose à ses fidèles de communier avec « la richesse des écritures d’aujourd’hui ». Son fondateur et directeur artistique, Hubert Colas, invite des écrivains, des metteurs en scène, des chorégraphes, des plasticiens, des poètes et des cinéastes français et internationaux à partager leurs regards sur le monde. Depuis 2014, grâce à Danièle de Fontenay, Actoral connaît à l’Usine C une édition montréalaise, un rendez-vous biennal qui expose les festivaliers à des découvertes emballantes en plus de contribuer au rayonnement des artistes québécois.

J’ai d’abord été conquis par les spectacles d’Hubert Colas. Au Festival d’Avignon, en 2009, je me souviens d’avoir été profondément remué par Le Livre d’or de Jan. Je découvrais alors un auteur et un metteur en scène. Depuis, j’ai eu le bonheur de voir à l’Usine C trois autres de ses réalisations : Kolik de Rainald Goetz, Face au mur de Martin Crimp et Nécessaire et urgent d’Annie Zadek.

De Marseille à Montréal

Vous imaginez alors mon enthousiasme quand j’ai appris qu’Hubert Colas dirigeait à Marseille, depuis 2000, un festival consacré chaque automne aux écritures contemporaines. Après avoir assisté à la première édition montréalaise d’Actoral, en 2014, où une douzaine de spectacles ont été présentés, j’ai décidé que j’irais voir sur place, à Marseille, l’année suivante, de quoi il retournait.

Je n’avais pas vu la ville depuis 2001. Élue Capitale européenne de la culture en 2013, elle avait pris, du point de vue des arts, une toute nouvelle ampleur. Du 24 septembre au 10 octobre, galvanisé par les créations et les installations, les gens et les idées, j’ai assisté à une vingtaine des 90 rendez-vous organisés aux quatre coins de la ville par Colas et son équipe. Ravi par mes rencontres avec Jonathan Capdevielle, Angélica Liddell et Milo Rau, mais aussi avec Félix-Antoine Boutin, Sophie Cadieux, Guillaume Corbeil, Geneviève et Matthieu, et Antonija Livingstone, j’ai proposé à la rédaction de Jeu un dossier sur Actoral.

Le dossier du numéro que vous tenez entre vos mains est donc consacré à des artistes, la plupart sont Québécois, quelques-uns sont Français, mais il y a aussi une Canadienne basée en Allemagne et un Belge d’origine italienne. Ils ont en commun de présenter cet automne un spectacle à Montréal ou à Marseille, parfois même dans les deux villes, bien entendu à l’occasion d’Actoral. C’est la plus éloquente manière que j’ai trouvée de rendre compte de la circulation des œuvres et des artistes. Actoral est une courroie de transmission extraordinaire, du genre qui, j’en suis convaincu, si la volonté politique est au rendez-vous, pourrait bien devenir essentielle à notre écologie culturelle, une fenêtre sur le monde et un précieux outil de rayonnement pour les artistes québécois.

Dans les coulisses de la création

Le dossier s’ouvre sur une incursion dans l’univers du Québécois Félix-Antoine Boutin. En train de créer un Petit guide pour disparaître doucement, l’auteur, metteur en scène et comédien imagine un grand-père qu’il n’a pas connu, projette sur lui ses aspirations, ses réflexions et ses questionnements. Pour sa part, Andréane Roy nous fait découvrir la démarche de l’artiste de performance et chorégraphe canadienne Antonija Livingstone, qui présentera à Montréal Supernatural, un spectacle pour le moins pulsionnel, créé avec Simone Aughterlony et Hahn Rowe.

Je m’entretiens ensuite avec Danièle de Fontenay et Hubert Colas pour en savoir plus sur les relations entre Actoral Marseille et Actoral Montréal. Dans le texte suivant, le Québécois Guillaume Corbeil et le Français Florian Pautasso témoignent de leur jumelage. Le premier a vu sa pièce, Tu iras la chercher, mise en scène par le second à Marseille en 2014. C’est une version plus longue de ce solo, défendue par la comédienne française Stéphanie Aflalo, qui sera présentée à Montréal.

Dans une retranscription des premières minutes de son spectacle Médail Décor, l’auteur et metteur en scène français Vincent Thomasset explique de quelle manière il est arrivé au théâtre. Avec un texte introspectif, le Belge Salvatore Calcagno nous fait entrer dans les répétitions de sa nouvelle création, Io sono Rocco. Le tandem Geneviève et Matthieu, des artistes de Rouyn-Noranda aussi drôles qu’iconoclastes, nous entraînent en Jamésie. Attachez bien votre tuque ! Finalement, le plasticien français Théo Mercier, parrain de la 16e édition marseillaise du festival, nous prépare à voir et à entendre Radio Vinci Park.

Bonne lecture et longue vie à Actoral, à Marseille comme à Montréal !

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