Critiques

Foirée montréalaise : Pour un joyeux temps des fêtes

Urbi et Orbi

Le Théâtre Urbi et Orbi renouvelle pour une deuxième année la traditionnelle formule des Contes urbains, en explorant un arrondissement de Montréal. Après Saint-Laurent, c’est le Sud-Ouest qui nous livre ses histoires à la manière des Soirées canadiennes. Foirée montréalaise laisse la belle part aux contes entrecoupés de musique aux influences trad, pop et électro. De quoi se rebrancher sur nos racines!

Urbi et Orbi

Moins trash que les Contes urbains, la Foirée montréalaise se veut festive et chaleureuse. Le joyeux animateur de la soirée, Pascal Contamine, brise la glace en partant, abandonnant le «Mesdames et Messieurs» pour interpeller les spectateurs en tant qu’amis; les acteurs-conteurs sont assis parmi le public; quelques tables et chaises sont disposées devant et sur les côtés de la scène, ouvrant très large une brèche dans le quatrième mur (on serre des mains dans l’assistance, on lui demande de témoigner ou raconter son coin de ville, on l’invite même à se lever pour danser) et puis, pour ajouter à la fête, on peut apporter nos consommations dans la salle.

La soirée débute par une vidéo rythmée et pleine d’humour pour situer la géographie particulière de l’arrondissement du Sud-Ouest, tout en longueur, littéralement coupé en deux par le canal de Lachine qui devient l’acteur principal de son histoire et de sa démographie. La musique du groupe Mélisande Électrotrad (Mélisande Gélinas-Fauteux, Alexandre de Grosbois-Garand et Robin Bouliane) donne le ton. Le son envoûtant de la musique électronique, mêlée aux instruments acoustiques et à la voix angélique de Mélisande, fonctionne à merveille. En plus de quelques chansons originales, le groupe vient donner ce souffle enjoué qui contribue en grande partie à l’aspect divertissant de la Foirée.

Urbi et Orbi

Martin Desgagné, le metteur en scène attitré de Foirée Montréalaise, a eu la bonne idée d’aller chercher un artiste du Sud-Ouest pour réaliser la scénographie de cette édition. En effet, l’environnement scénique d’Alain Cadieux, qui se définit comme un écosculpteur, constitué d’objets (petites maisons, oiseaux) et de matériaux traditionnels (bois, métal) forme une installation digne des meilleurs artistes en art contemporains.

La parole aux conteurs

Aux côtés d’auteurs aguerris (François Archambault, Simon Boulerice et Pierre-Michel Tremblay) on retrouve de nouvelles voix sous forme d’autofictions nous parvenant d’acteurs qui racontent un peu (beaucoup) leur vécu dans l’un ou l’autre des différents quartiers du Sud-Ouest. Le plus personnel étant sûrement Guy Vaillancourt dont l’expérience comme peintre en bâtiment l’a amené dans tous les coins de la ville, mais c’est une aventure grivoise qui nous donne l’histoire la plus pimentée. Mylène Bérubé se nourrit d’un emploi d’été comme guide au bord du canal de Lachine pour nous raconter un beau délire animalier dans la taverne Joe Beef.

Urbi et Orbi

Si Simon Boulerice ne manque pas de couleur et d’éclat dans son histoire de phobie des clés entre Saint-Henri et la Petite Bourgogne, c’est à Jean-François Boudreau que revient la palme du personnage le plus coloré de cette folle foirée. Le seul, pourrait-on dire, qui incarne réellement un personnage, ce qui lui donne la liberté de partir dans l’imaginaire et de se mettre en scène de façon résolument comique. Son sens du pittoresque et sa poésie ne manquent pas de nous rappeler le célèbre conteur de St-Élie-de-Caxton, bien que ce soit avec une facture très personnelle qu’il nous fait découvrir un des quartiers les plus méconnus de Montréal : Ville-Émard-Côte-Saint-Paul.

Avec une vingtaine d’arrondissements à Montréal, ce rendez-vous d’avant Noël a de belles années devant lui…

Foirée montréalaise

Textes: François Archambault, Mylène Bérubé, Yvan Bienvenue, Jean-François Boudreau, Simon Boulerice, Pierre-Michel Tremblay et Guy Vaillancourt. Mise en scène: Martin Desgagné. Musique: Trio Mélisande. Vidéo: Francis Fortin. Éclairages: Matthieu Gourd. Installation éco-sculpturale: Alain Cadieux. Avec Mylène Bérubé, Marie-Joanne Boucher, Jean-François Boudreau, Simon Boulerice, Luc Bourgeois, Pascal Contamine et Guy Vaillancourt. Une production du Théâtre Urbi et Orbi. À la Licorne jusqu’au 23 décembre 2016. Nouvelle mouture 2017: À la licorne du 5 au 22 décembre 2017.

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