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Anne… la maison aux pignons verts : Ode joviale à une héroïne intemporelle

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Ayant d’abord parcouru les parcs de la région de Lanaudière grâce à la roulotte restaurée de feu Paul Buissonneau, l’adaptation théâtrale que propose le Théâtre Advienne que pourra du roman culte de Lucy Maud Montgomery, Anne… la maison aux pignons verts, arrive parfaitement rodée à la salle Fred-Barry. Sa mise en scène ludique et précise de même que le ton bon enfant qui colore la production sauront sans doute plaire tant aux inconditionnels du livre qu’aux nostalgiques de la populaire série télévisée des années 1980, sans oublier les familles friandes de culture qui, espérons-le, auront l’audace d’aller chercher dans une salle généraliste un spectacle qui leur est tout désigné.

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Frédéric Bélanger, qui signe l’adaptation du texte en plus de le mettre en scène, enchaîne les principales péripéties et anecdotes de l’histoire de l’orpheline Anne Shirley (des taquineries de Gilbert Blythe sur sa tignasse rousse, à la teinture pour cheveux qui tourne au vert et jusqu’aux examens d’entrée pour l’académie Queens) à un rythme soutenu. Son récit va à l’essentiel et tourne presque exclusivement autour du personnage titre de la pièce. À un point tel que les autres rôles sont souvent interprétés en polyphonie par plusieurs comédiens s’en partageant les répliques. Cet effet de chœur est d’autant plus intéressant qu’il permet au spectacle de s’affranchir du réalisme caractéristique des versions filmées de l’ouvrage de la romancière canadienne.

Autre procédé typiquement théâtral et maîtrisé avec brio par la compagnie qui, l’an dernier, nous offrait le désopilant Sherlock Holmes et le chien des Baskerville : le recours à des accessoires scéniques aux usages multiples. Une échelle devient une barque, des bancs se muent en pupitres, et ce, sans que cela ne sème le moindre sourcillement chez le spectateur.

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Un spectacle guilleret

Il faut dire que le ton pimpant de la production – les avions de papiers et les rires fusent, alors que le contenu dramatique de l’œuvre originale est plus ou moins escamoté – a tôt fait de séduire l’auditoire. Celui-ci embarque ainsi dans l’odyssée prince-édouardienne qu’on lui propose et en accepte volontiers les conventions. Il importe donc peu que les édifices ne soient représentés que par de maigres structures pentagonales de bois – tout de même bien conçues et disposées – et que les protagonistes portent les mêmes vêtements jusqu’à leur entrée à l’université, peu importe les circonstances.

Le même phénomène se produit avec l’interprète d’Anne Shirley. La rouquine Paméla Dumont campe si efficacement cette jeune héroïne à l’orgueil bien trempé et au romantisme exubérant qu’elle arrive pratiquement à faire oublier qu’elle n’est pas la première (ni la dernière) à tenir ce rôle, toutes disciplines confondues. En somme, ce spectacle guilleret instille l’envie de se laisser émerveiller par la vie, par la nature et même, pourquoi pas, par les monceaux de neige duveteuse et scintillante dont celle-ci nous fait si généreusement offrande ces jours-ci.

Anne… la maison aux pignons verts

Texte : Lucy Maud Montgomery. Adaptation et mise en scène : Frédéric Bélanger. Scénographie et accessoires : Francis Farley-Lemieux. Costumes : Sarah Balleux. Éclairages : Julien Laflamme. Musique : Sébastien Watty-Langlois. Avec Paméla Dumont, Steve Gagnon, Katrine Duhaime, Maxime Desjardins et Shauna Bonaduce ou Clara Prévost Dubé (en alternance). Une production du Théâtre Advienne que pourra. À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 22 décembre.

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