Femmes pour l'équité en théâtre

Le concept de diversité est à la mode. Tordu par certains, récupéré par d’autres, il reste indéniablement porteur, représentatif d’une authentique préoccupation citoyenne. Pas de doute, ils sont de plus en plus nombreux ceux et celles qui souhaitent que le Québec d’aujourd’hui soit pleinement représenté dans toutes les sphères de la société. Personnellement, j’espère vivre un jour dans un monde où l’art, et plus particulièrement le théâtre, sera le reflet de l’ensemble de la population.

Je souhaite que les jeunes artistes soient plus présents sur scène. Qu’on fasse appel à eux. Qu’on leur donne une place et qu’ils la prennent. Qu’on leur confie des théâtres, des compagnies, des fonds et des festivals. Ils sont notre avenir, celui de notre discipline, souvent menacée et parfois, il faut le reconnaître, portée à se scléroser.

Je souhaite que les Québécois-es de toutes origines soient présents sur les scènes et dans les salles. Que les imaginaires des artistes issus de l’immigration engendrent des spectacles. Que ces hommes et ces femmes contribuent au théâtre québécois, et pas seulement pour livrer le récit de leur immigration ou de leur intégration, mais aussi pour nous faire voir le monde par leurs yeux, pour nous partager leurs craintes et leurs espoirs, leurs soifs.

Je souhaite que les femmes soient plus présentes sur nos scènes et en coulisses, que leurs réalités soient plus et mieux représentées, dans toute leur complexité, toute leur richesse. Selon le mouvement Femmes pour l’équité en théâtre, durant la saison 2016-2017, seulement 26 % des textes et 34 % des mises en scène présentées dans les théâtres de Montréal sont l’œuvre de femmes. On se contentera de dire qu’il serait possible de faire mieux. À mon sens, la parité ne relève pas de la faveur, ni même de la considération, mais bien de la justice.

Je souhaite que les membres de la communauté LGBTQ* soient plus présents dans les écoles de théâtre et sur les scènes. Je n’en souhaite pas moins pour les artistes autochtones. Je rêve de voir leurs histoires, leur aspirations, intimes et collectives, se déployer dans les théâtres de la Belle Province.

Je souhaite enfin que la diversité de notre discipline concerne les tons, les genres, les approches et les esthétiques. Je réclame de la poésie, de l’imaginaire et du surréalisme, de la révolte, de la colère et de la critique. Le théâtre est un véhicule. Il peut accueillir les langues, les imaginaires, les figures et les préoccupations les plus diverses. Il faut qu’il y ait autant de théâtre qu’il y a de Québécois-es, du théâtre pour tous les goûts. Cette diversité non seulement est souhaitable, elle pourrait bien permettre à notre art de survivre à tout ce qui le menace.

Mais je sais qu’on ne peut pas se contenter de souhaiter la diversité, ni même de l’espérer, il faut la réclamer, l’instituer, la provoquer, en somme, militer pour elle. Ce ne sera pas de tout repos, certes, mais n’est-ce pas la plus nécessaire des missions, la plus urgente ?

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