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Le festival du Jamais Lu dévoile la programmation de sa 16e édition

David Ospina

Tribune incontournable présentant des textes théâtraux inédits et des événements théâtro-littéraires empreints d’actualité, le Festival du Jamais Lu se place, en cette année de 375e anniversaire de Montréal, au cœur de la ville et il écoute Le bruit des mutations. Du 5 au 13 mai prochain se tiendra le 16e Festival du Jamais Lu mettant en lumière ce qui gronde, ce qui bout, ce qui cherche à muter…

Pour ce faire, 43 auteurs de la relève d’ici et de l’international feront vibrer les murs du Théâtre Aux Écuries par 15 projets qui explorent les transformations en cours dans notre société.

Parce qu’après 16 ans de festival, il est important de se réinventer et de tendre l’oreille au nouveau. La programmation du 16e Jamais Lu fera la part belle à une majorité d’auteurs qui prennent d’assaut le Jamais Lu pour la première fois ; à une diversité culturelle et artistique chez les artistes réunis ;
 à une présence importante d’auteurs internationaux qui élargissent nos référents ; à des thèmes interrogeant notre rapport aux mutations sociales en cours.

Marilou Craft : une codirectrice engagée et engageante

Depuis sa fondation, le Jamais Lu est dirigé artistiquement par Marcelle Dubois. Depuis cinq ans, celle-ci invite chaque année un artiste à partager la direction avec elle, le temps d’une édition.

Cette année, en réfléchissant au sens et à la pertinence de cette 16e édition, l’attention de Marcelle Dubois a été retenue par une voix forte qui s’est fait entendre dans les médias : celle de Marilou Craft. Son coup de sang au sujet de la diversité culturelle sur nos scènes, son questionnement sur la véritable place faite à toutes les différences dans notre société, son souci de la justice et de l’équité en art comme dans d’autres domaines ont teinté de façon pertinente la programmation du Festival.

LE BRUIT DES MUTATIONS : LA LIGNE ÉDITORIALE

Mutation : changement profond et durable. L’humain est constitué de telle sorte qu’il semble appeler de tout son être le changement, le renouveau, et du même élan le craindre et souffrir d’un excès de nostalgie. Les auteurs, par leur travail lucide et sensible, sont les témoins de cette évolution progressive de nos référents. Par leurs mots, ils nomment là où l’inconscient – ou le conscient – collectif se dirige. À en croire les auteurs et leurs préoccupations, une accélération des mutations sociales se fait sentir. Il faut en prendre la mesure. Cette année, le Jamais Lu tend donc l’oreille à ce qui anime le bruit de fond de notre société, indéniablement en marche vers une refonte des imaginaires. Vers ce que sera demain.

Soirée d’ouverture : SAFE SPACE : ÉDITH TIENT SALON

La codirectrice artistique, Marilou Craft, utilise sa carte blanche pour inviter Édith Patenaude et 
Elena Stoodley, deux artistes au parcours très différents, à réfléchir avec elle sur la question de la norme. Ensemble, elles ont imaginé Safespace : Édith tient salon, une soirée où Édith Patenaude, femme normale caucasienne plutôt de gauche et de la classe moyenne, mettra en jeu sa propre normalité. Dans une esthétique de salon de thé, elle recevra des personnalités qui challengent ses convictions – et donc celles de l’habituel public de théâtre, plutôt consensuel : Ellise Barbara, chanteuse créole, confrontera notre vision féministe de l’empowerment au féminin ; 
Will Prosper, documentariste et militant, questionnera le droit à l’appropriation culturelle au nom de l’art ;
 Un étudiant au Cégep de Maisonneuve questionnera notre conception de la jeunesse et de ses désirs d’avenir ; Elena Stoodley, performeuse en tout genre, challengera notre conception de la défense de la langue française. Sarah-Myriam Martin-Brûlé, professeure et chercheure sur les opérations de la paix nuancera notre vision de l’armée.

La présence de trois autres invités reste à confirmer pour compléter ces rencontres improbables qui auront lieu au cœur de ce Safe Space créé pour l’occasion. Une soirée entre le théâtre et l’expérience sociale. Un endroit où il faut faire acte solennel de bonne foi. Un endroit où l’on écoute pour espérer une certaine réconciliation indispensable aux profondes mutations.

Soirée de clôture : JUKEBOX LITTÉRAIRE

Un party de mots réunissant six auteurs de la France, de la Suisse et du Québec. Parce que le bruit des mutations s’exprime aussi de façon joyeuse et festive, la soirée de clôture de ce 16e Festival sera un beau party de mots, de découverte et de musique. Le Jukebox littéraire allie participation active du public, jeu et littérature. Il permet aux spectateurs de (re)découvrir l’œuvre entière de Gustave Akapo (Togo et France), Odile Cornuz (Suisse), Olivier Kemeid (Québec), David Paquet (Québec), Sonia Ristic (Croatie et France) et Antoinette Rychner (Suisse), six dramaturges aux parcours passionnants, aux œuvres primées et au corpus déjà imposant.

Le concept ? Tous les spectateurs ont un jeton à jouer dans le Jukebox. Quand ils jouent leur jeton, ils choisissent non pas une chanson, mais un mot. Et hop, top chrono, le temps d’une toune, les auteurs partent à la recherche d’un extrait, tiré de n’importe quel ouvrage de leur œuvre, en résonance avec 
le mot proposé. Le premier, la première qui a trouvé s’annonce par un coup de sonnette : à lui, à elle le micro! Il est temps de s’avancer en solo pour aller lire sa trouvaille… Et ainsi de suite, de jeton en jeton mis dans le Jukebox littéraire, nous visitons en toute jubilation les six univers des auteurs présents

AU CŒUR DU BRUIT AMBIANT : LES TEXTES INÉDITS DES AUTEURS

Les lectures théâtrales

Au Jamais Lu, on vient d’abord entendre les textes frais et inédits d’auteurs de la relève. Des comédiens les lisent, se les approprient avec passion, sous la gouverne de metteurs en scène soucieux de bien servir leurs auteurs. Alors qu’un texte de théâtre peut prendre parfois plusieurs années avant d’être produit, le Jamais Lu offre un accès brûlant à l’émergence des paroles :

Pour lutter contre l’immobilité, Olivier Arteau présente Pisser debout sans lever sa jupe, un texte antirévolutionnaire. Derrière ses chants gutturaux, ses sons organiques et ses silences se cache le malaise des petites hontes du quotidien qu’on traîne avec soi, malgré soi.

L’une veut vivre la noirceur sans fin de Barrow en Alaska. L’autre veut vivre la nuit interminable de Vegas au Nevada. Catapultés aux deux pôles des États-qui-se-désunissent, Josianne Lavoie et Louis-Philippe Roy sont, avec Néon boréal, à la recherche du silence, celui qui glace, celui qui brûle.

Présenté lors du 2e Festival du Jamais Lu Paris en décembre 2016, L’ennemi intérieur frappe malheureusement dans le mille de l’actualité : les dérapages qu’engendre la peur du terrorisme. La parole pertinente de Marilyn Mattei jointe à la sensible mise en scène de Sophie Cadieux fut si prometteuse qu’il fallait offrir une deuxième vie à cette lecture, avec des acteurs québécois cette fois-ci.

Gabrielle Lessard présente Au sort, un texte inspiré librement de La médiocratie d’Alain Deneault. On y parle d’un concept révolutionnaire, sensible et universel. D’un Projet pour toute une génération. La fondation de la Boîte. Pendant ce temps-là, Sophie bave sur le plancher.

Avec le projet Le couloir des possibles d’Anne Sophie Rouleau et Marie-Eve Fortier, les auteurs Virginie Beauregard D., Marie-Louise Bibish Mumbu, Dany Boudreault, Véronique Côté, Steve Gagnon, Olivier Simard, Érika Soucy nous transportent dans le quotidien de sept résidents en CHSLD. Les photos de Marie-Eve Fortier viendront ponctuer les beautés et les difficultés qui se cachent dans ces couloirs.

Pour sa part, Maxime Brillon nous amène dans un univers complètement éclaté avec Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portuguais. Entre un hypothétique futur effondrement de YouTube, le zoo et le cirque, vous découvrirez un drame optimiste sur l’amitié.

Identités de Séverine Fontaine cherche à libérer les paroles, les peurs, les blessures, transmises consciemment ou inconsciemment par nos ancêtres et l’Histoire de nos pays d’origine. À ce prix seulement pourrons-nous peut-être comprendre ce qui nous unit dans un monde qui aurait bien besoin de compassion.

Pascale Renaud-Hébert, dans Subway, nous raconte le récit d’une famille ébranlée, d’abord par la disparition du plus jeune de la famille, puis par les retrouvailles avec celui-ci. Retrouvailles perturbantes par la dureté des révélations qu’elles engendrent. Un texte aux dialogues poignants, qui dépeint les relations familiales dans toute leur complexité.

Volet jeune public

Parce qu’à nos yeux il est important d’initier les jeunes publics à l’art de la mise en lecture, et parce que la jeunesse fait partie du grondement de fond qui n’est pas toujours écouté, cette année trois textes pour les enfants et les adolescents sont présentés :

Olivier Sylvestre présente aux élèves de 13 ans et plus son Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire. Ils découvriront la complexité des désirs qui anime une jeunesse curieuse, or certaines de leurs questions ne peuvent trouver réponse à l’école.

Ras-le-bol ! rassemble six courtes pièces écrites par les élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-le-Grand dans Villeray lors d’ateliers offerts par l’auteur Éric Noël. Metteur en scène et comédiens professionnels s’emparent des textes de ces auteurs en herbe pour faire découvrir ce qui se trame dans les imaginaires de la toute jeune génération.

Gagnante de l’Égrégore (prix du meilleur texte collégial décerné par le RIASQ), Sarah Leblanc-
Gosselin livre Le puissant fond d’un marais-sans- fin, dans une mise en lecture de Vincent-Guillaume Otis. Une magnifique quête fantastique, qui parle d’intimidation, de découverte de soi, d’audace.

Les 6@7 du Jamais Lu

LES CARNETS TOURISTIQUES DU PROJET JUSQU’OÙ TE MÈNERA MONTRÉAL ? Un projet de la programmation officielle du 375e anniversaire de Montréal

Jusqu’où te mènera Montréal ? rassemble la parole de sept auteurs – Sébastien David, Alexis Diamond, Anne-Marie Guilmaine, Thomas Hellman, Pierre Lefebvre, Melissa Mollen Dupuis et Marie Louise Bibish Mumbu – et trois photographes – Jérémie Battaglia, Kevin Calixte et Léa Castonguay. Dix artistes aux identités multiples, aux langues bien pendues, aux regards acérés. Jumelés en duos auteurs-photographes, ils ont eu pour mission de partir en voyage dans sept quartiers de la métropole.

En toute intimité, le Jamais Lu offre gratuitement une série de 6@7 où les duos auteurs-photographes nous livrent leur carnet touristiquement incorrect dépeignant poétiquement les quartiers qu’ils ont foulés. Parcourons Montréal un verre à la main, au gré de diapositives et de prises de parole!

Pour lancer cette série de rencontres urbaines, un vernissage de l’exposition photographique qui met en valeur les sept quartiers visités aura lieu le samedi 6 mai à 16 h au quartier général du Jamais Lu.

Ce projet tentaculaire connaîtra son apogée en juin, lorsque dans la tradition explosive des cabarets théâtro-littéraires du Jamais Lu, Martin Faucher recueillera la matière de ces sept cahiers touristiques pour en faire un jouissif spectacle : Jusqu’où te mènera Montréal ?, présenté au FTA les 7 et 8 juin prochain.

Communiqué de presse | Festival du Jamais Lu

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