Critiques

Belle famille : Tueur à gages domestiqué

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Nouvellement nommée à la direction artistique de la Roche à Veillon, Nancy Bernier amorce son mandat avec un texte d’Isabelle Hubert, une Belle famille déjantée infiltrée par un tueur à gages. L’auteure a remanié profondément ce texte vieux de quinze ans pour le mettre au goût du jour. L’action se déroule maintenant dans un village où, par décret municipal, quiconque fume est passible d’emprisonnement!

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Voici un texte dont la mécanique fonctionne au quart de tour. Toutes les conventions y sont respectées et le public n’y sera pas dérouté. Au contraire, on l’entend commenter l’action, fredonner les mélodies connues, prévenir les comédiens des dangers potentiels. Bref, la notion même de théâtre d’été est ici assumée dans une mise en scène convenue mais efficace de Bertrand Alain, un habitué de la Roche à Veillon. Le soir de la première, il y avait une frénésie palpable dans la salle et le public était tout disposé à faire fi des bafouillages, trous de mémoire et fous rires.

Famille atypique aux confins du monde

En mission impossible, Toe (ainsi nommé en l’honneur du hockeyeur Toe Blake), tueur à gages «avec de gros muscles, mais une petite tête», s’infiltre dans un chalet perdu à Sainte-Restitue, aux confins du monde, pour exécuter Laura et reprendre la came et l’argent qu’elle a subtilisé au terrible mafioso Bartoloméo, son oncle et bienfaiteur à qui il doit la vie. Entre Catherine, la mère de Laura débarquée à l’improviste pour venir embellir et nettoyer le chalet, et Laurie, sa jumelle névrosée et désespérément en quête d’un «fuck friend», sans parler du sympathique et déterminé policier-garagiste Rocket «Richard» Touchette, le petit assassin sans envergure se trouvera coincé dans une série d’imbroglios et de quiproquos qui seront tous résolus dans un dénouement des plus heureux.

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D’entrée de jeu, le metteur en scène nous convie au théâtre du burlesque et de la bande dessinée. Une petite comédie légère et primesautière qui s’appuie sur des comédiens d’expérience comme Sophie Dion, bombe d’énergie qui atteint son paroxysme dans une scène hilarante sous l’effet d’une consommation abusive de poudre blanche. Savoureux Réjean Vallée, qui lui donne la réplique dans ce voyage astral maintenu en tension par une pile de crêpes dont les deux ignorent la composition : farine bio, gracieuseté bien involontaire du célèbre mafioso.

La jeune Sarah Villeneuve-Desjardins (un nom à retenir) occupe l’espace avec un jeu caricatural de type comic books; on entend presque les onomatopées dans les phylactères invisibles au-dessus de sa tête. Sexy, charmante, neurasthénique à souhait, bipolaire, désespérée, vindicative, bête de sexe en mal de mâle, elle joue de tout son corps et de sa très belle voix qui viendra chercher le public sur un vieux succès des BB. Charles Fournier, avec ses sourires et clins d’œil complices avec le public, défend bien le personnage de Toe embourbé dans cette situation qui vire bientôt au cauchemar. C’est lui l’assassin roulé dans la farine, le jouet du destin.

Le spectacle tient sa promesse d’un divertissement familial où les méchants mordent la poussière et les gentils finissent au paradis des innocents. En filigrane, par un jeu réussi d’environnement sonore et de description, les personnages absents occupent un espace bien réel dans nos têtes. Il en va ainsi de la sœur de Rocket, redoutable guerrière et héroïne obscure du récit, ainsi de la famille des truands et parents menaçants de Toe, happés dans les rets de la justice, victimes de leur arrogance. Isabelle Hubert maîtrise l’écriture dramatique qu’elle met ici au service d’une farce alambiquée dont toutes les ficelles finissent par se dénouer en une apothéose de bonheur.

Belle famille

Texte : Isabelle Hubert. Mise en scène : Bertrand Alain. Scénographie : Janie Lavoie. Éclairages : France Deslauriers. Costumes : Julie Lévesque. Musique : Fabrice Tremblay. Avec Sophie Dion, Charles Fournier, Réjean Vallée et Sarah Villeneuve-Desjardins. À la Roche à Veillon jusqu’au 2 septembre 2017.

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