Entrevues

Catherine Thibault : études de genre

Catherine Thibault présentera à l’occasion du ZH Festival, nouvelle désignation de la Zone Homa, sa toute première chorégraphie, Above Genders. Pour briser la glace, la jeune chorégraphe a choisi d’aborder une question délicate, celle du genre.

Celle qui a étudié au Ballet Divertimento, une école située à Montréal, et qui a d’ailleurs remporté la bourse d’excellence Annick Bissonnette en avril 2015, a eu envie d’aborder le sujet de front : «Je viens d’un univers très classique. Durant mes études, je trouvais que le genre était conçu, voire enseigné de manière très stricte. Les couples étaient toujours hétéronormatifs.»

En juin 2016, diplôme en poche, Catherine Thibault a choisi d’approfondir sa formation en danse contemporaine. C’est lors d’un stage en Israël qu’elle perfectionne ses connaissances et qu’elle remarque le rapport tout à fait différent du monde de la danse contemporaine envers le genre : «Il y règne une certaine androgynie. Il n’y a pas de gestes définis pour les hommes et pour les femmes.»

Recherche personnelle

C’est de cette réflexion qu’est né Above Genders. «Je voulais voir des couples différents sur scène, avoue la chorégraphe. Mes collaborateurs et moi souhaitions sortir des codes, sans nécessairement proposer de nouveaux modèles. Il faut voir ce travail comme une recherche sur notre propre rapport au genre, à l’identité, à l’ambiguïté et à la neutralité. C’est une étude personnelle des concepts et des construits sociaux.»

Pour mener à bien cette idée, Catherine Thibault a privilégié une approche très neutre. «Il a fallu se défaire des appris genrés, des codes inconscients. En fin de compte, tout est dans une neutralité, même la danse. Il y a sept danseurs sur scène, et on a décidé de faire appel à quatre performeurs, des non-danseurs, qui ne seront pas identifiés.» Agissants comme un filet de sécurité, ces artistes ont la mission de créer un lien entre les danseurs et les spectateurs, une interaction. «On veut faire en sorte que le public se place d’une certaine manière, explique la chorégraphe, que les actions entre les danseurs et les spectateurs soient claires. Notre but, ce n’est pas de tomber dans la confrontation.»

La chorégraphe le souligne avec force : ce spectacle ne se revendique d’aucun mouvement. «On ne veut blesser personne, explique-t-elle. Certains ont mal compris notre démarche et ont réagi fortement. Grâce à ces réactions, nous avons mieux cerné notre recherche.» Malgré la polémique, l’artiste est convaincue qu’il faut continuer à parler haut et fort de la question du genre : «C’est important, sinon, on ne fait que mettre les genres dans des boîtes, en n’osant plus y toucher. L’art, ça sert notamment à ça : permettre aux gens d’accéder à des questions cruciales.»

Above Genders

Chorégraphe : Catherine Thibault. Artiste numérique : Charlotte Daly. Avec Silvia Sanchez, Caroline Namts, Gabrielle Roy, Abe Simon Mijnheer, Zébulon Simoneau, Cassandra Soenen et Mark Durand. À la Maison de la culture Maisonneuve, à l’occasion du ZH Festival, en programme double avec Normal Desires d’Emile Pineault, le 12 juillet 2017.

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