Articles de la revue Dernier numéro JEU 164 : Publics

Normand Desmarteau, l’amateur assidu

Mathilde Corbeil

Il a brièvement été question de lui dans Jeu 86 (p. 158-161). Directeur d’école, Normand Desmarteau voyait déjà une trentaine de pièces par saison il y a 20 ans. Il a commencé à aller régulièrement au théâtre il y a 40 ans, a accéléré le rythme en prenant sa retraite et n’a ralenti que lorsqu’un accident l’a lourdement handicapé en 2011, au point où il ne peut plus se déplacer qu’à l’aide d’un déambulateur. Son épouse Ghislaine, qui l’accompagne et installe sous un de ses pieds une marche de soutien pour lui permettre de gravir les escaliers, a maintenant été sacrée «accompagnatrice», ce qui lui donne droit à l’entrée gratuite dans certains théâtres.

Ce qui l’allume le plus, ce sont les petites salles. Il ne va plus chez Duceppe ni au Rideau Vert, voit encore quelques pièces par saison au TNM, dont il a manqué le Tartuffe mis en scène par Denis Marleau, mais il en a enregistré la captation diffusée à Radio-Canada le 19 février. Il préfère s’abonner à l’Espace GO, à la Licorne, au Prospero, à l’Usine C, à cause du répertoire qu’on y présente, mais aussi en raison de l’accessibilité pour les handicapés et pour l’ambiance.

S’il se sentait «comme un intrus» dans ces salles il y a 20 ans, c’est parce qu’il se trouvait étranger à l’univers des personnages et des comédiens. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas: aller au théâtre demeure une fête pour lui et son épouse; ils arrivent toujours tôt, pour trouver un stationnement proche, et apprécient de voir s’animer le foyer, ce qui les prépare au spectacle. Cette ambiance est plus évidente dans les petits théâtres. À son regret, certains sont difficiles d’accès. Il cite la salle intime du Prospero, où il ne va qu’à l’occasion. La situation s’améliore, et le personnel collabore merveilleusement, mais il reste du chemin à faire.

Interrogé aujourd’hui, M. Desmarteau se souvient du premier théâtre qu’il a fréquenté avec bonheur: le Théâtre d’Aujourd’hui, rue Papineau, dans les années 1960. Il aimait surtout anticiper la manière dont on allait aménager l’espace dans la salle transformable. Il appréciait l’effet de surprise, même si, avec l’expérience de spectateur qui est la sienne, il reconnaît qu’il est plus difficile de le surprendre aujourd’hui. Il cite aussi La Nuit des p’tits couteaux de Suzanne Aubry, qu’il avait vue à la salle Fred-Barry en 1984, avec sa fille de 13 ans: la présence des acteurs mêlés aux spectateurs dans le foyer, en petits groupes de discussion comme dans une séance de thérapie de groupe, est demeurée inoubliable!

Il aime voir les metteurs en scène prendre davantage d’importance que jadis. À cet égard, il apprécie l’esprit d’aventure de Brigitte Haentjens, de Lorraine Pintal, de René Richard Cyr… aussi ne manque-t-il jamais leurs derniers spectacles.

En 2016-2017, Normand Desmarteau aura vu 47 pièces de théâtre, en incluant le FTA.

Michel Vaïs

À propos de

Docteur en études théâtrales, membre de la rédaction de JEU, il écrit dans la revue depuis le premier numéro. Secrétaire-général de l'Association internationale des critiques de théâtre depuis 1998, il voyage beaucoup à l’étranger.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *