Articles de la revue Dernier numéro JEU 164 : Publics

Robert St-Amour, le scientifique mordu de danse

Mathilde Corbeil

Voilà près de 15 ans que Robert St-Amour suit avec assiduité la scène montréalaise en danse. Amateur de spectacles grand public tout comme de créations d’artistes émergents, ce professeur de chimie près de la retraite n’a pas froid aux yeux. Dans ses temps libres, il relate ses aventures éclectiques et partage ses impressions sur son blogue, Sur les pas du spectateur. L’écriture a toujours fait partie intégrante de l’engouement de ce superspectateur pour le moins atypique.

Bien que la danse l’ait intéressé dans sa jeunesse, cette discipline était néanmoins sortie des radars de ce professeur très occupé. C’est la plume de Fabienne Cabado, alors critique à Voir, qui lui redonne la piqûre: «À l’époque, on avait la possibilité de réagir à ses articles sur le site Internet du journal. Je me prenais alors au jeu. Le fait d’écrire et d’échanger me donnait le goût d’aller découvrir le travail des artistes.» Porté par la curiosité, il assiste à un premier spectacle: Babylone de Paula de Vasconcelos. Un déclic se produit. Puis, de fil en aiguille, grâce aux programmations des maisons de la culture, il découvre une panoplie d’univers chorégraphiques et tombe sous le charme d’une poignée de créateurs et d’interprètes.

Ce qui le fascine tant dans l’art du mouvement, c’est son pouvoir d’évocation et sa facilité à générer des émotions: «Je cherche essentiellement à être touché par ce que je vois, mais je suis aussi à l’affût d’une signification. Pourtant, je suis une personne plutôt verbale, je me considère même comme un handicapé du geste. C’est donc d’autant plus touchant pour moi de voir le sens émerger des mouvements. C’est comme si je trouvais en scène une part complémentaire à ce que je suis.»

Pour décrire sa passion, Robert parle avec humour d’un «plaisir solitaire», car, effectivement, c’est souvent seul qu’il assiste aux spectacles: «Je n’ai pas réussi à convaincre grand-monde de me suivre, mais j’entends de moins en moins de préjugés sur la danse contemporaine. Je pense que pour apprécier cet art il faut apprendre à se laisser aller, se méfier aussi des premières impressions et se donner la chance de se tromper. Lui-même a déjà eu de premières réactions négatives à certaines pièces; celles de Nicolas Cantin, pour ne pas le nommer: «Au lieu de m’arrêter là, je suis retourné voir sa trilogie au complet. J’ai réussi à apprivoiser le créateur et je peux dire honnêtement aujourd’hui que j’aime ce qu’il fait.»

À première vue exigeante, la position de spectateur de danse contemporaine l’a certainement amené à mieux comprendre la société, à côtoyer les différences et à prendre conscience des dynamiques de pouvoir. À ce titre, la jeune chorégraphe autochtone Daina Ashbee est l’une de celles qui l’ont profondément marqué, avec sa représentation de la douleur des femmes et de la fragilité de la nature.

Cette sensibilité que cultive Robert St- Amour ne laisse pas la communauté de la danse indifférente. Ses écrits sont suivis dans les réseaux sociaux, et on vient souvent à la rencontre de ce spectateur généreux, qui affectionne tout particulièrement les spectacles de finissants, car, dit-il, «il y a là quelque chose qui [lui] fait du bien et [le] rassure sur la vie».

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