Nouvelles

Palmarès 2017 : nos 5 spectacles préférés

Gunther Gamper

Voici venue l’heure des bilans. Les collaborateurs et collaboratrices du site Internet de JEU, à Montréal et à Québec, ont voté pour leurs 5 meilleurs spectacles de l’année 2017, et ce en faisant fi des disciplines et des publics cibles.

1. L’Iliade

L’Iliade : Battle rap

Texte: Homère et Alessandro Barricco. Adaptation et mise en scène: Marc Beaupré. Une coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et de Terre des Hommes. Jean-Claude Côté: «Marc Beaupré ne craint pas de se frotter aux chefs-d’œuvre du théâtre, de les revisiter en les modifiant, pour en donner un objet complètement nouveau. On se souvient de l’excellent Caligula_remix, puis il y a eu Dom Juan_uncensored, Hamlet_director’s cut, et maintenant il s’attaque à l’immense poème épique d’Homère dans un spectacle qu’il aurait pu intituler L’Iliade_battle rap. […] Le plus grand défi aura été l’adaptation de ce texte en grec archaïque dans une langue française supportant bien l’oralité scandée, rythmée, parfois chantée pour répondre au projet du metteur en scène. S’il flirte avec la culture hip-hop dans son approche du texte, Beaupré ne tombe jamais dans le cliché du rap pour séduire la clientèle adolescente du Théâtre Denise-Pelletier. […] L’interprétation magistrale d’Emmanuel Schwartz ne laisse aucun doute sur la grandeur du héros considéré comme un demi-dieu. Toute la beauté de cette pièce repose sur la transposition de la violence guerrière en art, se matérialisant ici dans la gestuelle chorégraphiée du chœur et dans ses “chants” aux rythmes appuyés.»

2. Dans le champ amoureux

Dans le champ amoureux : De verbe et de chair

Texte: Catherine Chabot. Mise en scène: Frédéric Blanchette. Une production de Corrida présentée à l’Espace Libre. Philippe Couture: «Le deuxième texte de Catherine Chabot confirme ce qu’on avait constaté en 2015 dans Table rase: cette fine dialoguiste et observatrice lucide des rapports humains va s’imposer comme l’une des voix majeures du théâtre québécois des années 2010 et comme une virtuose de l’hyperréalisme. Dans cette nouvelle pièce qu’elle interprète avec Francis-William Rhéaume et Fayolle Junior Jean, elle expose crûment un couple au bord du précipice. […] Dans un naturalisme criant, dans une scène de chambre à coucher où la haine et l’amour vont continuellement s’alterner, elle déploie une discussion orageuse entre un homme et une femme qui ne savent plus s’aimer. […] Recourant aux services de Frédéric Blanchette à la mise en scène, la compagnie Corrida ne se trompe pas. Maniant depuis ses débuts des écritures réalistes explosives, qu’elles soient américaines, britanniques ou québécoises, le metteur en scène a ici particulièrement réussi à diriger ses acteurs sur la fine ligne entre la vitalité intellectuelle et la ferveur physique, sur la mince frontière entre le verbe et la chair. Les dialogues, à la fois intellos et viscéraux, y trouvent leur pleine incarnation.»

3. Manifeste de la Jeune-Fille

Manifeste de la Jeune-Fille : Je consomme tout, tout me consomme

Texte et mise en scène: Olivier Choinière. Une coproduction de l’Espace Go et de l’Activité. Marie-Christiane Hellot: «Une satire incisive, violente et jouissive, en forme d’œuvre chorale à sept voix et trois mouvements, ultra-intelligente, mais sauvée de l’intellectualisme par un sens inné du théâtre. […] La Jeune-Fille, déclinée en sept versions, n’a ni sexe ni âge. C’est vous et moi, votre grand-mère, sa petite-fille ou votre copain, mais elle n’est pas un personnage, car elle n’a ni épaisseur humaine ni psychologie. Elle n’existe pas, elle se décline. C’est le citoyen modèle de la société de consommation, le prototype créé par le capitalisme. Elle/il a bien sûr deux enfants, suit toutes les modes, obtempère à tous les impératifs de son époque. Son discours est un montage de stéréotypes, de slogans et de clichés. […] Ce spectacle, rythmé par la reprise du “Ça va très bien”, les réapparitions des comédiens, les retours des tests, les changements de vêtements, constitue une étourdissante chorégraphie. Encerclé par la batterie, étourdi par le stroboscope et les projecteurs qui balayent le défilé des mannequins ou des manifestants, assommé par les injonctions agressives, interpellé, inclus, concerné, le spectateur a bien du mal à ne pas être submergé par l’accumulation des preuves.»

4. Les enivrés

Les Enivrés : Copieusement ivres

Texte: Ivan Viripaev. Mise en scène: Florent Siaud. Une production du Groupe de la Veillée présentée au Théâtre Prospero. Raymond Bertin: «Une distribution du tonnerre, dirigée de main de maître, brille ici de tous ses feux dans une suite de tableaux réglés avec minutie. […] L’idée de faire jouer dix interprètes dans un état d’ivresse simulé durant une heure et demie paraît particulièrement casse-gueule, mais l’investissement total de ceux-ci, qui sont tous et toutes remarquables, a pulvérisé cet écueil. En misant sur un dispositif scénographique dépouillé […] l’équipe sert avant tout le texte. Les mots de Viripaev, foisonnants, emportés, comportant d’innombrables “révélations”, voire des leitmotivs religieux, appellent une exubérance de tous les instants. […] Pétris de contradictions, les échanges sont parfois poétiques, philosophiques, souvent triviaux, mais la drôlerie de ces êtres “copieusement enivrés” ne se dément pas. Leurs divagations finissent par constituer un hymne incandescent à la vie, à la liberté, à la quête de la perle dans un monde de boue, à l’audace de “ne pas se pisser dessus de peur”.»

5. Hypo

Hypo : Scénariser sa mort

Texte: Nicola-Frank Vachon. Mise en scène: Maryse Lapierre. Une production des Hébertistes présentée à Premier Acte. Alain-Martin Richard: «Lorsqu’il apprend qu’il va mourir bientôt, un homme entreprend une descente dans ses peurs pour déterminer lui-même le moment et la manière de cette mort annoncée. Pour ce long voyage vers lui-même, il choisit de partir en Islande […] En route, il rencontre une femme qui devient complice de cette marche vers l’euthanasie. Les deux comparses, bientôt enchaînés dans leur débat ontologique, nous entraînent dans les paysages infinis et fulgurants de cette île improbable. […] Mary-Lee Picknell livre ici une prestation immense. […] Son jeu de la vérité, motivé autant par sa propre douleur que par le destin de cet homme rencontré par hasard, nous garde sur la mince ligne entre la banalité du quotidien et les pensées philosophiques. […] Dans le débat actuel sur l’euthanasie et la mort assistée, Hypo vient alimenter la discussion par une posture volontariste. Il faut voir cette très belle proposition autant pour sa qualité de réflexion que pour sa présentation formelle. Ce premier texte de Vachon, entre philosophie et poésie, nous fait découvrir un auteur de talent.»

Vous connaissez maintenant nos coups de cœur. Faites-nous part des vôtres!

L’équipe de JEU vous souhaite de très joyeuses fêtes et une année 2018 sous le signe de la création.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *