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Crystal : Le feu et la glace

Matt Beard

Avec ce premier spectacle sur glace, Crystal, le Cirque du Soleil a voulu brouiller les frontières entre les arts du cirque et le patinage, en essayant de redéfinir le vocabulaire circassien traditionnel à travers le prisme des spécialités sportives comme le patinage artistique, de vitesse ou le hockey. Cette production, mise en scène par Shana Carroll et Sébastien Soldevila, des 7 doigts, souffre un peu de cette dichotomie artistique dont l’union accuse quelques faiblesses dans la cristallisation.

La trame dramaturgique est au départ aussi mince qu’un conte de Disney. Jeune femme incomprise, Crystal cherche à découvrir le monde et à se découvrir elle-même, alors que tous les autres la trouvent bizarre. S’aventurant avec imprudence sur un lac gelé, elle est littéralement engloutie par les eaux, ce qui va lui permettre de découvrir un monde insoupçonné, directement sorti de son imaginaire. Elle va ainsi rencontrer son double, Réflexion, sorte d’avatar qui va lui permettre d’atteindre la rédemption. Malgré des ressorts dramatiques qui pourraient être intéressants, la première partie du spectacle s’étire en longueur avec des tableaux, certes visuellement esthétique, mais qui ne servent pas l’histoire et qui manquent cruellement de prouesses physiques. Il faut attendre le numéro de trapèze volant où l’athlète effectue des figures de patinage avant de s’envoler sur son trapèze pour être réellement impressionné. Le numéro de hockey extrême qui suit est tout aussi surprenant.

Plusieurs numéros tout au long du spectacle semblent aussi déconnectés de la trame narrative du départ. Si on peut comprendre que Crystal se perd dans le dédale labyrinthique de son esprit, on ne comprend pas l’irruption d’une chorégraphie de personnages en habits-cravates, tout droit sortis des bureaux des années 1970, ou le numéro de salle de bal alors que des couples virevoltent sur une musique convenue. Heureusement, les numéros circassiens de la seconde partie sont beaucoup plus nombreux et époustouflants, comme les mâts chinois mouvants, le pas de deux sur courroies aériennes, l’équilibre sur chaise ou le duo de trapèzes et main à main, juste avant la finale. On est franchement impressionnés par ces athlètes qui arrivent à réinventer les codes de leurs disciplines.

Comme à son habitude, le Cirque du Soleil se donne les moyens pour subjuguer les spectateurs. Que ce soit la scénographie impressionnante de Stéphane Roy, les magnifiques projections de Johnny Ranger, les splendides costumes de Marie-Chantale Vaillancourt ou la musique de Maxim Lepage (avec, pour la première fois au Cirque, l’apport de chansons pop connues), les artisans excellent chacun dans leur art. Crystal est un spectacle nouveau genre pour le Cirque du Soleil. Ceux qui aiment les arts du cirque ne sont pas nécessairement ébaubis devant les volutes des patineurs sur glace, et réciproquement. Comme le feu et la glace, réunir les deux n’est pas chose aisée.

Crystal

Mise en scène: Shana Carroll et Sébastien Soldevila. Appareil acrobatique: Fred Gérard. Scénographie: Stéphane Roy. Vidéo: Johnny Ranger. Musique: Maxim Lepage. Éclairages: Éric Champoux. Accessoires: Anne-Séguin Poirier. Costumes: Marie-Chantale Vaillancourt. Chorégraphie: Geneviève Dorion-Coupal. Dramaturge: Eisa Davis. Une production du Cirque du Soleil. Au Centre Bell jusqu’au 31 décembre 2017, puis en tournée à travers le Canada et les États-Unis jusqu’au 27 mai 2018.

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