Entrevues

Magali Chouinard, sensible aux variations

Claude Rodrigue

Lanaudoise, Magali Chouinard a besoin de la forêt, besoin de la respirer et de la sentir. Pas étonnant que la nature soit si importante dans l’œuvre de cette artiste multidisciplinaire et que les symboles liés à la spiritualité autochtone stimulent son imaginaire. Pendant vingt ans, elle a enseigné le français, les arts, la scénographie, le théâtre, au primaire et au secondaire: «J’ai d’abord eu un intérêt intuitif pour la marionnette, utilisée avec mes élèves pour des spectacles, du théâtre d’ombres…» En 2010, elle quitte l’enseignement pour se consacrer à son art et réside un moment à Montréal avant de revenir à Sainte-Béatrix.

Jean-Guy Lambert

Spectacle de rue créé avec les moyens du bord, La femme blanche a été pour Chouinard une véritable école: «Comme artiste visuelle, j’ai touché à plusieurs modes d’expression: l’écriture, la performance et le corps féminin sont au centre dans ma démarche artistique. Avec la marionnette, j’ai découvert un endroit où convergent mes envies d’exploration: l’animation, l’image cinématographique, le jeu masqué, la présence. Je peux imaginer un univers visuel en mouvement à trois dimensions et le fabriquer.» Au fil de temps, elle a réalisé des projets avec diverses compagnies et festivals, en plus d’animer des ateliers de création ici et à l’extérieur du pays.

Magali Chouinard a une conscience aiguisée du potentiel visuel et poétique de ses œuvres: «J’ai développé un langage hybride personnel, mais influencé par tellement de sources que c’est difficile de le décrire. J’appelle ça du théâtre visuel. J’utilise la figuration, des personnages réalistes, puis, dans l’enchaînement des images, le langage devient plus abstrait, plus poétique. Il y a quelques éléments narratifs qui reviennent, comme des correspondances. La variation est un des principes fondateurs de mon travail et la marionnette en permet une d’échelle, une autre de matière et finalement une avec les doubles. Je peux donc aborder un personnage dans son essence multiple. Le noir et blanc installe un filtre poétique puissant: on bascule dans un univers que j’appelle la surréalité.»

Jean-Guy Lambert

Pour Âme nomade, qui figure à la programmation de la 13e édition du Festival de Casteliers, les ressources humaines et financières dont l’artiste a bénéficié lui ont donné des ailes. De nombreux collaborateurs l’ont épaulée dans les divers aspects de la création: «Ils m’ont aidée à plonger dans la profondeur de l’intériorité. Enfant, j’ai été marquée par Voyage au centre de la Terre de Jules Verne et je voulais recréer ce vertige, celui d’aller d’étape en étape, de plus en plus creux, jusqu’à ce qu’on arrive à l’enfant, le cœur battant.» Ainsi, Chouinard continue d’évoluer dans le jeu, la présence scénique et l’élaboration de trames visuelles avec un mélange de techniques. Ses projets après Âme nomade? «J’aimerais faire un court-métrage, lance-t-elle. Un film qui servirait de prologue à un spectacle dont on partirait avec une petite bande dessinée comme épilogue.»

Âme nomade

Mise en scène, réalisation des courts métrages, scénographie et interprétation: Magali Chouinard. Son: Julien Robert. Collaboration à la mise en scène: Richard Morin. Collaboration à l’écriture scénique et conseillère à la manipulation: Myriame Larose. Conseillère à la dramaturgie: Karine St-Arnaud. Collaboration au montage vidéo: Olivier Bochenek. Une coproduction de Magali Chouinard, du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay et du Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. Au Théâtre Outremont, à l’occasion du Festival de Casteliers, le 11 mars 2018.

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