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Ce qu’on attend de moi : La vérité est ailleurs

Jérémie Battaglia

Pièce sans acteurs, Ce qu’on attend de moi utilise un spectateur volontaire comme personnage principal. Choisi au hasard, au terme d’un processus un peu fastidieux, mal préparé, qui s’étire en longueur, malgré un certain comique de situation, l’interprète d’un soir est finalement désigné par les votes de l’assistance. Les deux créateurs et metteurs en scène, Philippe Cyr et Gilles Poulin-Denis, expliquent alors clairement leur démarche, pendant que le spectateur choisi est préparé dans une salle voisine.

Jérémie Battaglia

La démarche artistique tend à créer un documentaire en direct, alors que l’interprète d’un soir évolue dans un autre espace, la salle située à côté, réagissant aux consignes qu’il reçoit des metteurs en scène grâce à une oreillette. Les directives sont rarement entendues par le public, ce qui est dommage, car on ne sait plus si l’interprète fait les choses de son propre gré ou s’il obéit à un ordre. D’où un léger décalage qui pose la question du libre arbitre et du conditionnement. Ce questionnement renvoie inévitablement à l’image virtuelle de nous-mêmes qui est désormais partout, notamment sur les réseaux sociaux. Est-ce que ce que l’on montre relève de la réalité ou est-ce quelque chose qui a été travaillé pour son esthétique ou son propos? Comme dans la vraie vie, la vérité est ailleurs.

Ce spectacle de deux créateurs dans la jeune trentaine est aussi symptomatique d’une génération pour laquelle tout passe par l’écran, sorte de médium incontournable. S’installer dans un théâtre pour assister à un spectacle vivant qui se déroule sur un écran induit, dès le départ, une mise en contexte différente. Le dispositif mis en place autour de l’interprète d’un soir tente également de renvoyer à l’idée de la fuite, changer de vie pour se réinventer. Toutefois, cette intention préparée a parfois du mal à se rattacher aux libres propos du participant, même si ceux-ci sont dirigés par des questions très précises.

Jérémie Battaglia

Grâce aux quelques questions affichées sur l’écran, chaque spectateur, qui aurait très bien pu être le héros d’un soir, est à même de faire son propre cheminement en y répondant mentalement. Mais plus la soirée avance, plus se pose la question du libre arbitre, jusqu’au moment où l’interprète d’un soir refuse d’exécuter un geste demandé. On peut alors se demander si c’est un refus réel ou mis en scène, même si on lui a auparavant demandé de s’enfermer dans une cage à chiens, de manger un biscuit et de crier dans le vide sans sourciller. Relevant plus de l’expérience anthropologique que du théâtre, Ce qu’on attend de moi reste un objet créatif qui exploite de nombreuses problématiques contemporaines, sans toutefois aller plus loin dans l’expérimentation. On aurait aimé un peu plus d’audace dans le fond, plutôt que de rester dans un esthétisme de surface.

Ce qu’on attend de moi

Création et idéation: Philippe Cyr et Gilles Poulin-Denis. Réalisation et direction photo: Jérémie Battaglia. Scénographie: Odile Gamache. Éclairages: Cédric Delorme-Bouchard. Son: Owen Belton. Une coproduction de 2PAR4 et de l’Homme allumette. Aux Écuries jusqu’au 26 mai 2018.

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