Anick La Bissonnière

Le féminin est utilisé pour alléger le texte (sic).

On parle souvent des scénographes, des éclairagistes, des conceptrices de costumes comme des créatrices de l’ombre. Au-delà du cliché, il est vrai qu’on les connaît peu, à peine si on retient leurs noms. Après tout, il n’y a pas si longtemps qu’ils apparaissent dans les programmes de salle. Sur les affiches, en-dessous de ceux des interprètes et de celui du metteur ou de la metteuse en scène, il ne reste plus beaucoup de place. On les résume à une ribambelle de patronymes placés sous l’appellation générique de « concepteurs ».

Nous voulions donner la parole à tous ces gens qui travaillent à la création d’un spectacle, qui œuvrent loin des projecteurs (même si, parfois, ce sont eux qui les actionnent). Alors que ces professions sont souvent dominées par la gent masculine, les femmes occupent dans ce dossier une place prépondérante. Sans que ce fusse au départ une intention préméditée, c’est un hasard qui fait bien les choses. 

Artistes, artisanes, techniciennes ; elles sont tout cela à la fois. Elles dessinent l’espace, les vêtements, les ombres. Elles apportent leur vision, leurs couleurs, leurs lumières. Elles créent des atmosphères, des espaces, des parures. Elles donnent leur talent, leurs connaissances, leur savoir faire pour qu’une œuvre se pense, se construise, existe.

Anick La Bissonnière (en couverture de ce numéro) est architecte et scénographe. Deux pôles d’un même métier : elle a participé à l’élaboration de quelque 50 projets de salles de spectacle, tout en concevant l’espace scénique d’une centaine de productions théâtrales, dont celles de Brigitte Haentjens. Elle livre ici une réflexion lumineuse et profonde sur « l’essence, les sens et le sens » de son art.

La scénographie en marionnettes est un monde à part, puisqu’il faut inventer un univers au complet, depuis l’environnement jusqu’aux personnages et aux accessoires. Christine Plouffe, conceptrice indépendante, et Richard Lacroix, scénographe et concepteur de marionnettes pour le Théâtre de l’Œil depuis plus de 20 ans, parlent de leur démarche de création, une méthode à l’opposé de celle des Sages Fous, « dompteurs de marionnettes sauvages », qui, eux, sont adeptes d’un processus plus organique, selon South Miller, la directrice artistique de la compagnie. 

Véronique Borboën se présente comme scénographe, puisqu’elle dessine pour la scène des costumes, des accessoires… Cette historienne de l’art retrace les différentes étapes de la création d’un costume, de la recherche sur la table à dessin à la confection en atelier, puis l’essayage et le passage à la scène. 

L’histoire de l’art passionne également Anne-Catherine Simard-Deraspe, qui s’inspire des grands maîtres de la peinture pour concevoir des éclairages pour l’opéra. Dans une entrevue avec Sophie Pouliot, elle évoque les grands bonheurs et les petits malheurs de sa profession. Elle souligne également que les femmes sont effectivement de plus en plus présentes dans les métiers du spectacle.

De lumière, il est encore question dans l’article de Michel Vaïs, qui retrace l’histoire de l’éclairage au théâtre, depuis les temps héroïques des chandelles jusqu’aux technologies actuelles. La vidéo, nous explique Ludovic Fouquet, est de plus en plus utilisée en tant que source de lumière. Il a rencontré Stéphanie Jasmin, vidéaste, cinéaste et cometteuse en scène avec Denis Marleau des spectacles d’UBU compagnie de création, ainsi que deux vidéastes de Québec, Félix Fradet-Faguy et Keven Dubois, qui ont notamment collaboré avec Robert Lepage.

Compositrice et compositeur d’univers sonores, Nancy Tobin – qui a, elle aussi, travaillé avec Denis Marleau, mais également avec François Girard, Alexis Martin ou Wajdi Mouawad – et Jean Gaudreau (alias Larsen Lupin) cherchent comment intégrer la matière sonore à la mise en scène. Parce que le son n’est jamais si bien réussi que lorsqu’on ne l’entend pas, comme on le dit des éclairages, qu’on ne devrait pas voir… On n’est plus dans l’ombre, mais dans l’humble !

Nous vous souhaitons de passer un agréable moment en leur compagnie…

Consultez JEU 170 sur Érudit.

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