Critiques

Festival international des arts de la marionnette à Saguenay : Minuscule ou surdimensionnée, enfin la marionnette !

Emmanuel Dubost

La marionnette à fils est une espèce en voie d’extinction, se plaisent à dire certains marionnettistes. Il est vrai qu’au Québec, le genre n’est plus guère enseigné et que peu de théâtres le pratiquent encore. Mais il reste de par le vaste monde des résistants, et parmi eux, la compagnie française Les Antliaclastes, et son spectacle La Valse des hommelettes.

Devant un immense coucou suisse, un oiseau file de la laine, pendant qu’un lapin chasseur prépare une omelette. Des multiples portes et tiroirs de l’horloge, mécanismes complexes et capricieux qui recèlent des surprises, vont apparaître des créatures étranges mais charmantes, entre l’insecte et le squelette, entre Jérôme Bosch et E.T., ainsi qu’un oisillon aux yeux globuleux, un adorable bébé avec de vraies larmes, et le vieux cordonnier du conte des lutins qui fabriquent les chaussures pendant la nuit (qui a fait s’exclamer une petite fille : « oh, le père Noël ! »). De ce merveilleux bric-à-brac, les accessoires et les éléments du décor sont fabriqués à partir d’objets de récupération, joyeusement détournés ou remaniés, affirmant une esthétique steampunk certes très en vogue actuellement, mais ici parfaitement maîtrisée.

Avec des masques d’animaux, des marionnettes à tige, des petites marionnettes à fils animées avec une dextérité et une précision remarquables, les trois interprètes, qui sont également de redoutables manipulateurs et manipulatrice, nous transportent dans un monde onirique où l’art du détail est poussé à son comble, où l’imagination déborde de tous côtés, où la magie le dispute au rêve éveillé. Un spectacle (presque) sans paroles, où la musique est puissamment éloquente.

Conçu et mis en scène par Patrick Sims, et s’inspirant du conte Les Lutins des frères Grimm, La Valse des hommelettes est un régal pour les yeux et le cœur, puisque ce spectacle nous reconnecte avec notre âme d’enfant, tout émoustillée de croire encore aux elfes et aux fées.

Un Ogre surdimensionné

Dans ce monologue, Larry Tremblay fait parler un personnage égotiste, menteur, vantard, manipulateur, bref, le genre de personnage avec qui on ne voudrait surtout pas prendre une bière. Comme toujours avec Larry Tremblay, c’est tout un univers qui s’invente – ici sadique et cruel –, un langage qui se crée, précis, incisif, évocateur.

FIAMS-OgrePatrick Simard

Pour interpréter ce personnage, Dany Lefrançois a fait le choix d’une marionnette surdimensionnée en mousse, nue, chauve et au visage inexpressif, manipulée par Vicky Côté, Martin Gagnon et Marilyne Renaud, qui figurent également certains personnages des délires ogresques. Sur un praticable à roulettes encombré d’objets, d’un clavier, d’une table tournante et autres accessoires de bruitage, Éric Chalifour livre le texte d’une voix puissante, dont l’amplification souligne l’omniprésence du monstre, son omnipotence. Une voix entêtante, obsédante.

Mais si la marionnette « hénaurme » et repoussante représente bien le monstrueux du personnage, il semble qu’elle soit une « fausse bonne idée », parce que, malgré les efforts visibles déployés par les manipulatrices et le manipulateur, ses possibilités d’animation restent limitées et se résument à changer le mastodonte de position, le passant d’assis à couché et de couché à assis. De face, de dos et de profil, on peut dire qu’on le voit sous toutes ses coutures (apparentes), mais la répétition des manipulations finit par lasser. Le petit revirement final ne suffira pas à dissiper l’ennui.

La Valse des hommelettes

Conception, mise en scène et marionnettes : Patrick Sims. Marionnettes, masques, costumes et accessoires : Josephine Biereye. Décors, accessoires, machines et mécanismes : Richard Penny et Nicolas Hubert. Création musique et son : Karine Dumont. Éclairages : Sophie Barraud. Avec Josephine Biereye, Patrick Sims et Richard Penny. Une production de Les Antliaclastes, présentée au FIAMS les 26 et 27 juillet 2019.

Ogre

Texte : Larry Tremblay. Mise en scène : Dany Lefrançois. Collaboration à la mise en scène : Sara Moisan. Conception de la marionnette : Mylène Leboeuf-Gagné. Scénographie et accessoires : Chantal Boulianne. Éclairages : Alexandre Nadeau. Conception sonore : Patrice Leblanc. Costumes : Vicky Tremblay. Avec Éric Chalifour, Vicky Côté, Martin Gagnon et Marilyne Renaud. Une production de la compagnie La Tortue noire et du Théâtre de la Rubrique, présentée au FIAMS les 26 et 27 juillet 2019.

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