. Camélia: marionnette d’À la belle étoile, par Robert Smolik; 2. Estelle: Le poulpe, d’Ondin, par Josée Bergeron Proulx et Isabelle Chrétien; 3. Elia: marionnette de Conte du littoral, par Laurence Gagnon Lefebvre et Sophie Deslauriers; 4. Laura: l’écureuil, de Sur 3 pattes, par Richard Lacroix; 5. Christophe-Antoine: marionnette de La Félicité, par Marie-Pierre Simard; 6. Olympe: Nukum enfant, de Corbeau, par Richard Lacroix.

Public de petit·es, petit théâtre ? Que nenni. La vitalité du milieu jeunes publics n’est plus à prouver, la création se porte plutôt bien, et sa diffusion fait voyager les œuvres en Europe, en Asie, dans les Amériques.

 

Les compagnies de marionnettes et de création pour les jeunes publics sont les ambassadrices du savoir-faire québécois à l’étranger. Saluons leur persévérance et leur ingéniosité, qui viennent combler le manque de moyens. Parce que, même si le « petit » théâtre se comporte et fonctionne comme un grand, son financement et son image de marque restent inférieurs à ceux du « grand » théâtre.

Alors que l’on déplore la sous-représentation des femmes sur les scènes, le théâtre jeunes publics semble être l’exception qui confirme la règle. Serait-ce parce que cela concerne les enfants et, par conséquent, les femmes ? En attendant que soient créés des outils statistiques sur la parité hommes-femmes, revendication qui figure parmi celles issues du chantier féministe 2019 sur la place des femmes en théâtre, voici une petite enquête maison très artisanale, qui vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire son pesant de cacahuètes.

Prenons trois lieux de diffusion pour l’enfance et la jeunesse et regardons leur saison. À la Maison Théâtre, à Montréal, pour 16 spectacles programmés, 6 textes, 5 mises en scène et une chorégraphie sont signées par des femmes. Aux Gros Becs, à Québec, on peut parler de parité presque parfaite puisque, sur 15 spectacles, 9 mises en scène et 6 textes sont œuvres de femmes (non inclus : 2 spectacles cosignés et une écriture collective), tandis qu’à l’Arrière Scène, à Beloeil, on dénombre 4 textes, 3 mises en scène et une chorégraphie venant de la gent féminine, sur un total de 9 spectacles.

Quand on se penche sur la composition des équipes, c’est un tout autre paysage que l’on découvre. À la Maison Théâtre, sur 15 personnes, 2 sont des hommes : le directeur technique et le coordonnateur logistique ; aux Gros Becs, sur 21 personnes, 3 hommes : le directeur, le coordonnateur technique et l’adjoint au directeur. À l’Arrière Scène, sur 8 personnes, seulement 2 hommes, les directeurs. On note au passage que, malgré la faible représentativité des hommes dans les fonctions administratives, ils occupent pour la plupart des postes de direction.

Si, artistiquement, les femmes ont encore du chemin à faire, on reconnaît volontiers leurs qualités maternelles et bienveillantes pour la gestion, la médiation culturelle, la communication, la rédaction des cahiers pédagogiques, la relation avec les enseignantes (parce que là aussi, nursing obligé, la profession est majoritairement féminine), l’accueil des tout-petits, le mouchage de nez et le laçage des bottes d’hiver, bref, toutes des tâches très valorisées, comme chacune le sait.

Pour appuyer ces dires, quoi de mieux qu’une parole d’homme ? Voici ce qu’en dit l’auteur et directeur de théâtre pour la jeunesse Fabrice Melquiot : « Dans beaucoup de festivals où je me rends, chez les programmateurs, la proportion d’hommes est ridicule, 2 pour 60 invité·es. Parce qu’il s’agit d’enfants, les responsables sont des femmes ou, dans les structures dirigées par des hommes, on délègue la programmation jeunes publics aux chargées des relations publiques, aux secrétaires : “Va t’occuper des enfants !” C’est une pensée rance, affreuse qui est là-derrière. Il faut se démasquer, débusquer ces endroits où notre milieu, nos actes ne sont pas en accord avec notre discours. »

Partant du numéro de Jeu consacré aux jeunes publics paru en 2006, Marie Fradette dresse un bilan de l’évolution (ou pas), des audaces (ou pas), de la censure (ou plus) dans la dramaturgie québécoise. Cyrille Planson, rédacteur en chef adjoint de la revue Théâtre(s) et rédacteur en chef de La Scène, se plie au même exercice pour la France, qui a longtemps été une terre d’élection pour les compagnies québécoises, qui y tournaient et y retournaient.

Louise Allaire, qui a été directrice artistique des Gros Becs à Québec, retrace l’historique du théâtre pour bébés, tout en remarquant que la création s’intéressant à ce public est encore bien timide. Aux antipodes, Sophie Pouliot s’intéresse au théâtre pour adolescents. Elle a rencontré certain·es spécialistes en la matière – le Théâtre le Clou, la Rencontre Théâtre Ados et l’auteur David Paquet – qui parlent de ce public certes difficile, mais d’une belle intensité.

Les directions des trois centres dramatiques pour l’enfance et la jeunesse ont changé, la transmission s’organise dans les compagnies qu’on appelle pionnières : le Carrousel, le Théâtre de l’Œil, etc. Pour les nostalgiques, ce n’est pas une page qui se tourne, mais un chapitre qui se clôt. Sara Thibault propose d’ouvrir le tome 2 de la grande histoire du public de petit·es : aujourd’hui, quoi de neuf ?

Le théâtre pour les jeunes publics fait face à des défis au sujet de la création, de la production et de la diffusion de ses œuvres, sur nos terres ou par-delà les grandes mers. Élizabeth Adel explore les grandes joies et les petites misères qui font le quotidien des compagnies.

Enfin, Ralph Elawani dresse un portrait de l’artiste français Damien Bouvet, clown et acteur, qui a fait de l’irrévérence son fonds de commerce et qui, pour notre plus grand bonheur, reviendra faire un tour au Québec en mai 2020 lors du festival Les Coups de Théâtre.

Dans ce dossier, sur huit articles, seulement deux sont écrits par des hommes. Sans commentaires… si ce n’est celui de vous souhaiter une agréable lecture !

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