Entrevues

Éric LeBlanc du duo Atwood : «Foule» , un phare en ville

Atwood

Le 3 juin, le Théâtre la Bordée lançait la communication autour du projet «Foule»  du duo Atwood (qui inaugure la 2e résidence en arts visuels proposée par cette institution) et, le moins qu’on puisse dire, c’est que cela arrive à point nommé! Bien que résidence, contenu et lancement étaient prévus avant la pandémie, on est saisi par la coïncidence des choses: une initiative participative, une proposition culturelle mettant en lumière et en valeur un quartier, tout en creusant la mémoire et la projection de ce qui est à venir, un projet qui respecte la distanciation physique tout en travaillant à ce lien social!

AtwoodHélène Bouffard

Le duo Atwood, composé de Jean-François Bolduc et d’Éric LeBlanc (artistes multifacettes croisant dans leur parcours respectifs photographie, littérature, illustration médicale et arts visuels), intervient à Québec depuis quatre ans dans des propositions photographiques de haut vol. Invités par La Bordée, ils proposent la création d’une immense murale photographique (2880 pieds carrés), sous la forme de 20 portraits juxtaposés (de 12 pieds carrés) de résident·es du quartier La Cité-Limoilou, cela dans sa version diurne. En entrevue, Éric LeBlanc précise que le choix des personnes est en cours et qu’il s’agit de «donner la voix à des gens qui n’ont pas la parole d’habitude, qu’on va rencontrer par l’entremise d’organismes communautaires du quartier». Il y a une volonté d’ancrage forte avec le quartier, justement: «Nous voulions nous servir de cet espace-là [à l’arrière du théâtre, qui avait servi pour la première résidence, avec Wartin Pantois] pour montrer le lien qui unit le théâtre et ce quartier, car c’est un théâtre qui se veut proche des gens. Et aussi comment chacun·e vit le théâtre au quotidien.»

En version nocturne, l’œuvre évoluera grâce à du mapping vidéo (signé Émile Beauchemin), mettant en valeur l’un des protagonistes de la murale: jeux d’éclairage et apparitions de phrases semblant exprimer la pensée de la personne, mais qui s’avèrent être des citations de spectacles passés ou à venir la saison prochaine à La Bordée (la sélection est en cours avec la complicité de Michel Nadeau). L’œuvre est donc pensée en deux temps: «De jour, on présente les portraits et l’on apprécie leur beauté singulière. Le soir, une vidéoprojection vient accoler à chacun une citation théâtrale; on comprend alors que chaque individu vit potentiellement ces enjeux, comme si le théâtre venait au secours des citoyen·nes pour les aider à exprimer leurs enjeux personnels.»

La murale sera active sur le mur arrière du théâtre d’octobre 2020 à mai 2021, soit toute la durée de la saison qui aurait dû avoir lieu; au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas encore ce qu’il en sera. En regard de chaque spectacle programmé, l’œuvre évoluera et mettra en lumière l’un ou l’autre des portraits. Un second volet est prévu sous la forme d’une plateforme numérique présentant notamment des entrevues réalisées avec chaque personne photographiée, qu’on invitera à se présenter, puis à réagir à la citation qui lui est accolée; donc, aller-retour entre la réalité et l’œuvre dramatique, ainsi que trace potentielle de la murale, puisque le site web devrait durer plus que les huit mois de l’œuvre.

Le 3 juin marquait le lancement d’une campagne de financement par laquelle chaque citoyen·ne du quartier (ou personne à distance qui se sent liée à cet arrondissement, ou à la culture en général…) est invité·e à faire partie symboliquement de la «Foule» , en contribuant à hauteur de 10¢ à la création de la murale, qu’il ou elle pourra ensuite côtoyer et voir évoluer de mois en mois. On considère qu’il y a 107860 résident·es dans le quartier, le montant attendu de la campagne est de 10786$ – ce qui correspond aux frais d’impression de la murale, sur un budget total de 100000$, car d’autres volets seront annoncés. Dès maintenant, la donation se fait à cette adresse : https://laruchequebec.com/foule/

Entre cette participation attendue du public – et Dieu sait qu’on a hâte de replonger dans des activités culturelles pas seulement en ligne! – et la symbolique même de la murale, il y a une résonnance intéressante à ce que nous vivons actuellement, enfermé·es mais séparé·es: ces «20 portraits confinés dans un carré chacun, mais qui vont être harmonisés dans un ensemble» parlent bien de notre actualité, pointe LeBlanc: «On reste une communauté soudée, reliée par d’autres moyens. On existe malgré l’invisibilisation qu’on doit vivre.» À ce titre, «Foule»  arrive au bon moment, bouffée d’oxygène, annonce d’une relance! Éric LeBlanc voit dans cette proposition qui s’illuminera chaque nuit un «phare»: «On peut sans doute ne pas être physiquement dans nos espaces de travail, mais [avec «Foule» ] on propose une manière d’y être.»  À travers cette murale, «les gens investissent le quartier, reprennent leur droit sur l’espace urbain», et le théâtre surgit dans la ville.

«Foule» , créée par le duo Atwood et le Théâtre la Bordée. Dramaturgie: Michel Nadeau. Conception vidéo et projection: Émile Beauchemin. Réalisation vidéo et montage: Eliot Laprise. Designer UX: Catherine Arcand et Juliette Griesemann. Direction technique: Simon Paquet. Campagne participative jusqu’au 3 juillet et activation de la murale d’octobre 2020 à mai 2021.

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *