Critiques

Dans l’eau chaude : Des anecdotes truculentes

Dans l’eau chaude est un balado de théâtre documentaire lancé par la compagnie Parabole en réponse à la fermeture des salles de spectacle liée à la COVID-19. L’œuvre radiophonique comprend cinq capsules d’une vingtaine de minutes, cinq récits rocambolesques de soirées catastrophes en restauration. Chaque épisode repose sur le témoignage d’un restaurateur ou d’une restauratrice, sur les dessous de son travail, ces moments où « la marde pogne », comme le dit si bien Danny St-Pierre, et qu’il semble impossible de pouvoir s’en sortir. Martin Juneau (Pastaga), Danny St-Pierre (Auguste), Hakim Chajar (Miel), Colombe St-Pierre (Chez St-Pierre) et Pénélope Lachapelle (Nina Pizza) partagent leur pire expérience de service comme chef·fe et propriétaire de restaurant.

David Fuenz/Julien Baveye

L’équipe de création et l’autrice de la production, Blanche Gionet-Lavigne, se sont amusées à rehausser ces histoires avec des reconstitutions imaginatives plus ou moins fidèles à la réalité, ainsi qu’à les parsemer de dialogues fictifs (interprétés par les comédien·nes Laura Amar, Nadia Girard Eddahia, Vincent Massé-Gagné, Maxime Perron et Vincent Legault). Une attention particulière a été portée à la reproduction sonore du mauvais souvenir, plongeant habilement l’auditoire dans l’univers des restaurateurs et restauratrices, alors qu’ils et elles racontent leur mésaventure.

David Fuenz/Julien Baveye

Seule la première capsule a été diffusée jusqu’à maintenant, la seconde ayant été dévoilée en primeur aux médias qui couvrent l’événement. En se basant sur ces deux épisodes, les anecdotes se révèlent (et s’annoncent) savoureuses et croustillantes, les confidences des chef·fes, franches et authentiques. Or, les diverses répliques qui viennent ponctuer ces récits tendent à nous faire décrocher tant elles sont surjouées. Les personnages qu’incarnent les comédien·nes de la distribution sont exagérément caricaturaux ; on est confronté·es à une imitation assez grotesque d’employé·es et de client·es, de ces individus qui gravitent autour du milieu de la restauration. Dans l’eau chaude souhaite relever l’aspect comique des situations présentées, mais le ton choisi frôle la parodie. Cela ne s’avère cohérent ni avec le sentiment de panique et de perte de contrôle véhiculé par les histoires, ni avec l’agréable simplicité de la narration. Bref, c’en est à se demander si les interventions des comédien·nes apportent réellement une plus-value au balado.

Quoi qu’il en soit, l’ambiance d’une cuisine en plein rush a été simulée avec brio ; les assiettes qui s’entrechoquent, les employé·es qui courent dans tous les sens, les coupons de commandes qui sortent frénétiquement de l’imprimante… On croirait presque qu’on écoute un enregistrement des soirées dont il est question ! La conception sonore de Samuel Sérandour enrobe les truculents témoignages et hausse d’un cran la qualité de l’œuvre. Dans l’eau chaude est une proposition novatrice, au concept accrocheur, qui dévoile des histoires captivantes d’une profession dont on connaît peu « l’envers », pour reprendre les mots de Blanche Gionet-Lavigne. La production aurait toutefois sans doute gagné à laisser davantage les anecdotes parler d’elles-mêmes.

Dans l’eau chaude

Animation, texte et réalisation : Blanche Gionet-Lavigne. Montage et conception sonore : Samuel Sérandour. Prise de son : Yves Dubois. Collaboration : David Fuenz. Avec Laura Amar, Nadia Girard Eddahia, Vincent Massé-Gagné, Maxime Perron et Vincent Legault. Une production du théâtre Parabole, en collaboration avec CKRL, La Fabrique culturelle et le Théâtre Premier Acte. Les épisodes sont présentés sur les ondes de CKRL FM – 89,1 tous les lundis du 15 mars au 12 avril à l’émission Les Enfants du paradis, dès 17h30. Ils sont également disponibles sur la chaîne balado de Premier Acte et sur le site La Fabrique culturelle dès le lendemain de leur diffusion.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *