Critiques

ZOO 2011: dans l’esprit du TEM

Zoo 2011 , à l’Espace Libre, me paraît être la meilleure résurgence de l’esprit du TEM −devenu le NTE— depuis longtemps! Sans copier le Zoo de 1977, il s’en inspire, pour proposer au public une «chose» inclassable comme l’étaient à l’époque les aventures de Ronfard/Pelletier/Gravel dans le Vieux-Montréal.

On est conviés, dans une pénombre relative, à s’attrouper autour de quelques personnes qui, chacune dans son environnement propre, vivent leur vie. Il y a une culturiste qui s’exerce, une dame qui coud des vêtements à la machine, un homme qui vide au scalpel la chair d’un faisan pour le naturaliser, un autre qui fabrique des appâts pour la pêche, une dame qui cuisine des tortillas, un travesti qui se maquille devant un grand miroir, un homme qui fait chauffer du bicarbonate de soude à la cuillère comme s’il s’agissait d’héroïne, etc. On se sent parfois voyeur, mal à l’aise, intéressé, joyeux ou révolté. Chaque «expert» est visiblement −comme chez Rimini Protokoll— quelqu’un d’extérieur au monde du théâtre.

On ne comprend pas quelle attitude adopter. Personne ne nous prend par la main; aucune annonce ne s’adresse au public en général. En fait, il n’y a pas vraiment de public, mais une foule qui, comme au Salon de l’Habitation, se presse devant des stands. Après m’être senti désarçonné un moment, j’ai écouté les explications que certains de ces «exposants» donnaient aux gens qui leur posaient des questions. Celle qui m’a le plus intéressé, c’est la culturiste, qui a parlé de son entraînement, des sacrifices qu’elle doit faire, de son régime, de son fils de sept ans. Elle m’est apparue comme un monstre attachant….

J’ai trouvé pathétique la femme couchée sur un lit, qui se fait scarifier la cuisse. Ça sentait la chair brûlée. Le plus triste, ce fut de voir Yvon Leduc, un des cofondateurs de la LNI avec Robert Gravel, sur son lit d’hôpital. On sait que Leduc est devenu très diminué depuis un accident vasculaire il y a quelques années et qu’il ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. On le voit manger avec deux dames, qui ensuite le préparent à se mettre au lit, avec sa bonbonne d’oxygène. Ils discutent à voix basse… Troublant!

Le théâtre expérimental existe pour poser des questions sur les limites du théâtre, pour les repousser toujours plus loin, pour forcer le spectateur à s’interroger sur son attitude, pour prendre des risques.

Cette fois, le NTE a réussi son coup!

 

Zoo 2011
De Gaetan Nadeau et Rodrigue Jean. Une production du Nouveau Théâtre Expérimental
À l’Espace Libre jusqu’au 29 octobre

 

À propos de

Docteur en études théâtrales, critique au Devoir et à la chaîne culturelle de la SRC, lauréat d’un prix Hommage de la SODEP, Michel Vaïs a enseigné dans trois universités, publié L’Écrivain scénique, L’accompagnateur. Parcours d’un critique de théâtre, dirigé le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois et traduit en français le livre de L. Tassinari, John Florio alias Shakespeare. Rédacteur émérite à Jeu, où il écrit depuis le no 1, il est secrétaire général de l’Association internationale des critiques de théâtre.

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