Critiques

Festival du Jamais Lu de Québec : Une deuxième édition qui fait Bang!

Le Festival du Jamais Lu de Québec était de retour cette année pour faire vibrer la capitale au rythme des mots d’une nouvelle génération d’auteurs. Menée par Anne-Marie Olivier et Marcelle Dubois, codirectrices artistiques, la deuxième édition de l’événement, placée sous le slogan “Une édition qui fait Bang!”, s’est déroulée du 22 au 24 novembre 2012, offrant ainsi une programmation sur trois jours, une nouveauté par rapport à 2011 qui n’en comptait que deux.

L’accélérateur de particules

Les festivités ont débuté dans l’ambiance décontractée de L’AgitéE avec une table ronde ayant pour thème “La politique et l’écriture. La soirée s’est ensuite poursuivie avec la présentation de L’accélérateur de particules – première sortie publique pour œuvres en évolution, où quatre auteurs ont offert un avant-goût du projet sur lequel ils planchent présentement. Hélène Robitaille a cassé la glace avec Chaplin et moi qu’on oublie, une histoire charmante et empreinte de sensibilité dans laquelle un prêtre amer (Hugues Frenette) sent que sa compassion commence à le quitter alors qu’il doit écrire une oraison funèbre pour les funérailles d’une petite fille décédée par la faute de ses parents ivrognes. Son intendante (Marie-Hélène Lalande) essaie de le ramener à la raison comme elle peut, mais la seule chose qui parvient à apaiser le prêtre est un vieux film muet de Charlie Chaplin. L’homme tourmenté est surpris par la visite au presbytère de Charlie en personne (Patrick Ouellet). 

C’est ensuite au tour de Maxime Robin de se commettre avec Jusqu’à Troie – cabaret tragique interprété par une Noémie O’Farrell toute pétillante, accompagnée de Mathieu Campagna à la guitare. La jeune femme nous raconte que ses parents ont pris la décision de vendre leur maison, celle où elle a grandi, ressassant une tonne de vieux souvenirs. Elle entraîne ainsi son auditoire dans les histoires de son adolescence, parfois comiques et légères, mais aussi tragiques, comme lorsqu’elle évoque le suicide de sa professeure d’histoire de l’époque, qui l’a menée à angoisser par rapport à sa propre mort. Thomas Gionet prend le relais de la soirée avec un texte inspiré de sa fascination pour le désir et l’amour. Sur un ton rythmé, vif et incisif, l’auteur nous livre lui-même Amour dans un flot de réflexions éparses sur les différentes façons d’aimer, auxquelles se mêle un événement malheureux, l’agression d’une femme.

Viennent finalement Amélie Bergeron et sa mise en lecture de Hors champ, magnifiquement interprétée par Marc Auger Gosselin, Jean-Pierre Cloutier et Monika Pilon. Les spectateurs sont plongés dans l’univers de trois jeunes dans la mi-vingtaine qui obéissent, souvent malgré eux, à des considérations superficielles. Tout y est question d’apparence et du regard que les autres portent sur nous dans une société où les valeurs profondes sont souvent délaissées au profit de considérations futiles, auxquelles personne n’échappe.

Les intégrales

Le lendemain a lieu l’événement Les intégrales. Deux œuvres inédites complètes sont alors présentées au public. D’abord, Anne-Marie Olivier nous offre Scalpés, pièce qui sera à l’affiche à Espace Libre en janvier et au Théâtre de la Bordée en mars. Dans une mise en lecture de Véronique Côté, l’auteure et ses deux acolytes, Steve Gagnon et Édith Patenaude, nous présente des personnages tourmentés – que les comédiens se sont déjà bien appropriés – qui cherchent à donner un sens à leur vie: Élise, gardienne de prison, qui cache un lourd secret; Charles, son fils, dont l’existence se résume à un emploi insipide et une passion pour les jeux vidéo; Dorothée, qui vient d’apprendre à la fois que son chum la trompe et qu’elle est enceinte de lui. Alors que Charles part travailler à La Tuque et y fait la rencontre de Dorothée, Élise est victime d’un événement qui la bouleverse complètement. Un soir, Charles revient à la maison lui rendre visite et la trouve complètement ivre. Une histoire de lettre d’amour pousse Élise à faire des révélations troublantes à son fils, le tout sur fond de crise d’Oka. Le texte que nous présente ici Anne-Marie Olivier est déjà très solide, mais il y a fort à parier que la version définitive de la pièce nous réserve des surprises.

Ensuite, Lucien Ratio a enflammé la salle avec L’Gros Show, une parodie plus que fidèle des radios à débats (appelées par plusieurs radios-poubelles). Le public assiste à une émission de la bande de Choc Radio (Marc Auger Gosselin, Jean-Philippe Côté, Maxime René de Cotret, Phillipe Durocher, Jeanne Gionet-Lavigne et Patric Saucier) particulièrement riche en rebondissements. On y découvre les histoires d’amour, de sexe et d’ego existant entre les différents protagonistes. Sous une pluie de clichés et de préjugés, les spectateurs sont témoins du «putsch» de l’animateur principal, que la station veut remplacer par un plus jeune. Toutes ces tribulations sont interrompues par l’appel de détresse d’un ancien présentateur de l’endroit. Les clins d’œil à des événements réels – notamment l’incident de l’animateur qu’on appelle pour son anniversaire et qui, ne sachant pas qu’il est en ondes, révèle un peu trop de détails sur sa soirée – ont particulièrement fait rigoler l’assistance.

Cabaret de clôture – C’est quoi notre problème?

Le Festival s’est conclu samedi avec la soirée C’est quoi notre problème? dans la salle principale du Périscope, transformée en sympathique cabaret pour l’occasion. Pour la clôture, les codirectrices ont demandé à une poignée d’auteurs et de comédiens de réfléchir autour de la question éditoriale de l’événement. Faisant leur entrée dans un concert de casseroles, Marc Auger Gosselin, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Patric Saucier, qui a également assuré la mise en scène, ont partagé avec le public une multitude d’histoires et de réflexions sur des sujets parfois très sérieux et d’autres fois plus légers et comiques.

C’est ainsi que des textes inspirés sur les bouleversements sociaux du printemps dernier au Québec ont côtoyé le très théâtral et humoristique passage au tribunal du «Gros Con», une déclaration de guerre aux leggings trop petits et mal portés, une comparaison de la situation sociale québécoise avec celle du Mordor (territoire inhospitalier du Seigneur des Anneaux) et un «pétage de coche» sur l’émission Décore ta vie, pour ne nommer que ceux-là. Mention spéciale à la critique virulente, mais intelligente de Fabien Cloutier sur les conventions du milieu théâtral québécois, et au texte à la fois poétique et franchement drôle de Véronique Côté sur le traitement de l’information dans notre société.

Le Festival du Jamais Lu de Québec a confirmé son succès et sa pertinence avec cette deuxième édition qui a su charmer les adeptes de paroles théâtrales fraîches et actuelles.

 

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