Nouvelles

Robert Gagné nommé directeur administratif du Théâtre français du CNA

Le 25 mars dernier, le Centre national des arts annonçait la nomination de Robert Gagné en tant que nouveau directeur administratif du Théâtre français. Il remplacera Fernand Déry qui prend sa retraite après avoir occupé ce poste pendant seize ans.

L’Association des théâtres francophones du Canada, en tant que partenaire de longue date du Théâtre français du CNA, se réjouit de cette nomination. En effet, Robert Gagné est non seulement un candidat à la hauteur du poste qu’il occupera, mais il connaît bien les compagnies de l’ATFC et plusieurs des dossiers de l’association.

Le goût du théâtre depuis l’adolescence

Né à Rouyn Noranda d’une mère québécoise et d’un père franco-manitobain, Robert et sa famille déménagent à Ottawa alors qu’il n’a que deux ans. Il a développé très tôt le goût du théâtre, mais c’est à l’adolescence qu’une véritable passion se confirme. En 9e année, il participe à un projet de création collective à l’É.S. Charlebois. C’est d’ailleurs Michel-Marc Bouchard et Anne-Marie Cadieux, qui, à l’époque, ont accompagné la démarche d’écriture, donné des ateliers et assuré la mise en scène. Cette expérience fut suffisamment marquante pour que Robert s’inscrive au programme d’excellence artistique en théâtre de l’École secondaire publique De La Salle. Il a trouvé une façon originale de garder le contact avec ses amis de son ancienne école, c’est-à-dire en s’abonnant… au Théâtre français du CNA! «Aujourd’hui je me rends compte à quel point c’est rare des ados, garçons de surcroît, qui s’abonnent de leur propre chef à une saison théâtrale!» «Tous les théâtres rêvent de toucher à ce groupe d’âge», confie-t-il.

Il fait ses études universitaires à l’Université d’Ottawa en arts, spécialisation Lettres françaises, concentration théâtre, après quoi il est embauché par le Théâtre du Nouvel-Ontario, à Sudbury. Il commence alors aux communications pour finalement aboutir à l’administration et succéder à Paulette Gagnon qui y était à l’époque administratrice. Il sera au TNO pendant sept ans au cours desquels il aura à relever le défi de mener à terme un projet d’infrastructure. «Ce fut un grand défi, parce que c’était une période de récession, qu’il y avait des coupures dans tous les domaines et que les infrastructures culturelles ne faisaient pas partie des priorités», explique-t-il. «Avec La Nouvelle Scène à Ottawa, nous étions des défricheurs et avons, en quelque sorte, ouvert des portes qui ont permis à d’autres projets de salles de voir le jour».

À la suite de la réalisation de ce projet, ayant appris son métier sur le terrain, Robert sent qu’il a besoin d’outils supplémentaires en administration. Il décide de s’inscrire à l’École des Hautes études commerciales (HEC), non pas en gestion des arts, mais en administration des affaires (MBA), «pour voir c’est quoi le milieu des affaires, voir comment ça se passe de l’autre côté de la clôture – dans le privé», explique-t-il. Constat: ce n’est pas si différent! Autant dans le milieu des organismes sans but lucratif que dans le secteur privé, la rigueur, le dynamisme et le travail sont des gages de succès. Et dans les OSBL, il y a de bons gestionnaires, très créatifs et polyvalents!

Parallèlement à ses études aux HEC, Robert fait un saut dans l’entreprise privée, chez Softimage, question de mettre en pratique ses apprentissages. Il y remplace une personne partie en congé de maternité. «Ce fut une année fort intéressante qui m’a amené à me questionner sur mes motivations au travail. Je me suis rendu compte que je trouverais plus de satisfaction dans une organisation proche de mes valeurs et de mes passions.». C’est alors qu’il est appelé par la Fédération québécoise du sport étudiant (FQSE) pour y remplir un mandat spécifique – en communication – la refonte de la présence du sport étudiant québécois sur Internet.

Il revient au théâtre quand la présidente du TNO l’appelle en renfort à Sudbury. La compagnie vit une période d’instabilité avec le départ simultané des têtes dirigeantes de l’équipe. Homme de défis lui-même, Robert est la personne toute désignée pour assurer cette transition et il accepte de réaliser ce mandat de cinq mois.

Le 15e Congrès d’ASSITEJ International et Festival mondial des arts pour la jeunesse

En septembre 2004, Robert Gagné prend la direction générale du 15e Congrès d’ASSITEJ International et Festival mondial des arts pour la jeunesse, qui doit se tenir à Montréal en 2005. À un an de l’évènement, le montage financier n’est pas encore complété et les enseignants se prépare à une grève qui finira par éclater dans les semaines précédant l’événement. Comme il s’agit d’un festival ponctuel, qui s’adresse aux enfants et à la jeunesse, la recherche de partenaires financiers est ardue. «Je dirais que ça été, avec le projet de salle du TNO, l’un des plus gros défis de ma carrière». Robert a, en effet, réussi à gérer un budget de 2,4 millions de dollars, à diriger une équipe de douze employés et ce, sans fragiliser Les Coups de Théâtre et ASSITEJ au plan financier. «Ça été une année difficile, mais très satisfaisante», avoue-t-il.

Puis, naît le petit Oscar. À la naissance de son enfant, Robert désire avoir plus de flexibilité et d’autonomie sur le plan de sa carrière. Il constate également que les organismes ont de grands besoins ponctuels en terme gestion. Il crée donc les Services-conseils Robert Gagné et travaille en tant que consultant pour effectuer près d’une cinquantaine de mandats pour le milieu associatif et des organismes culturels et artistiques. Planifications stratégiques, plans de marketing et de développement des publics, études, rédactions de plans d’affaires, sont autant d’exemples de sa diversité et sa polyvalence. Il travaille principalement auprès des secteurs du théâtre, de la danse et de la littérature, qu’il s’agisse de petits ou de gros organismes, des compagnies ou des associations. Ces divers contrats lui permettent, entre autres, de renouer avec plusieurs organismes du milieu franco-ontariens.

Le tandem avec Brigitte Haentjens

Depuis août 2011, Robert est à l’emploi de Sibyllines, la compagnie de création de Brigitte Haentjens, à Montréal. Bien qu’elle se soit entourée de créateurs et de pigistes fidèles au cours des ans, Sibyllines a une structure extrêmement légère depuis sa création. Robert en est d’ailleurs le premier employé réellement engagé à temps plein. Se connaissant depuis plusieurs années pour s’être côtoyés dans le milieu à différentes occasions, Brigitte et Robert se complètent bien et forment un bon tandem.

Quand le poste à la direction administrative s’est ouvert au Théâtre français du CNA, Robert y a vu l’occasion de remplir un nouveau défi. Il faut aussi mentionner qu’avec sa conjointe, la comédienne Manon St-Jules, il était question d’un retour dans la région d’Ottawa pour se rapprocher de leurs familles. Robert pose sa candidature et, comme nous le savons maintenant, obtient le poste.

Ses défis au Théâtre français du CNA

Selon Robert, l’un des rôles d’un bon administrateur est de tout faire pour rendre possible la réalisation des projets de la direction artistique, c’est ce qu’il entend faire au Théâtre français. Dans le contexte économique actuel et dans la complexité que représente la gestion de l’institution qu’est le CNA, ce défi peut être de taille. Le budget général du Centre national des arts a été grugé au fil des ans, mais les attentes sont toujours élevées. À l’instar des grandes priorités du CNA, une plus grande participation du secteur privé pourrait aider à solutionner une partie du problème. De plus, bien que l’équipe du Théâtre français soit toute petite, il sera important de continuer à mettre les efforts pour rejoindre davantage de public et assurer un rayonnement plus étendu du Théâtre français ailleurs au Canada, au Québec et à l’international.

Quant à sa perception du théâtre francophone au Canada, en tant que témoin et acteur privilégié depuis 1994, Robert pense qu’il se porte bien. Les compagnies s’inscrivent dans la durée et la stabilité, elles font des tournées pancanadiennes, ont développé de nombreux liens avec les compagnies québécoises, il y a un renouveau chez plusieurs d’entre elles; tout ceci témoigne de leur grand dynamisme. De plus, de belles avancées ont été réalisées au niveau de la formation grâce aux partenariats d’importance de l’ATFC avec plusieurs institutions. Ceux-ci permettent aux artistes de se ressourcer à Banff, au Festival TransAmériques, à Dramaturgies en dialogue, au Festival Petits Bonheurs, au Carrefour international de théâtre, etc. Tous ces partenariats sont autant de belles réussites et répondent à des besoins du milieu. Par contre, les défis pour les compagnies de l’ATFC restent la reconnaissance des besoins pour la gestion des infrastructures. Par ailleurs, plusieurs des compagnies de l’ATFC ont maintenant 35-40 ans ce qui témoigne de leur importance dans l’écologie théâtrale franco-canadienne. Mais elles devront être soutenues adéquatement pour poursuivre leurs mandats, assurer la gestion de leurs infrastructures et faire la transition vers une relève aux directions artistiques.

Ce texte est extrait du 27e numéro du Bulletin de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC)

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *