Chroniques

Le franc-parler de Suzanne Lebeau

J’ai toujours beaucoup de plaisir à lire Suzanne Lebeau. Comme auteure, bien entendu, mais aussi, et peut-être même surtout, lorsqu’elle se prononce directement et sans détour sur sa pratique et sur le monde souvent désaxé qui est le nôtre. Ses opinions sont tranchées. Ses exigences envers la race humaine sont élevées. Ses réclamations quant au statut de l’artiste sont nombreuses et justifiées.

Le direct du théâtre

J’ai déjà exprimé, dans un éditorial paru dans Jeu en 2012, à quel point sa vision du théâtre me paraissait inspirante. En 2011, dans L’Oiseau-Tigre, la publication du Théâtre français du CNA, elle écrivait: «Le direct du théâtre, le jamais pareil, le toujours autre qu’il nous faut chaque jour refaire complètement, le toujours différent qui le rend si fragile, si profondément bouleversant quand il accepte de bouleverser, a des vertus qui s’attaquent aux cordes sensibles les plus secrètes, font vibrer des zones de notre corps, de notre imaginaire, de nos désirs que nous apprenons à faire taire dans la vie quotidienne pour ne pas souffrir inutilement quand il y a tant de raisons inévitables de souffrir.» Le théâtre comme rituel capable de nous rappeler que nous sommes des êtres sensibles, à même de jouir et de souffrir, et pas seulement de produire et de consommer, disons que ça me semble assez essentiel par les temps qui courent.

Le courage de ses opinions

Je rencontrais Suzanne Lebeau récemment pour Le Devoir afin de discuter de sa relecture notamment féministe d’Hansel et Gretel, qui s’intitule d’ailleurs Gretel et Hansel, un texte qui fera l’objet d’une nouvelle production du Carrousel. Mis en scène par Gervais Gaudreault, le spectacle verra le jour à la Maison Théâtre en octobre prochain. Avec Charles Dauphinais et Hugo Bélanger, qui se mesurent eux aussi au conte des frères Grimm, la discussion a été des plus animées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la femme, l’artiste et la citoyenne n’a pas la langue dans sa poche. Sur la pratique théâtrale aussi bien que sur notre rapport aux enfants, Suzanne Lebeau a des compétences et des opinions, des convictions qu’elle compte bien faire entendre. Qu’on partage ou non ses points de vue, son courage mérite selon moi d’être salué.

Deux publications

Je me permets donc d’attirer aujourd’hui votre attention sur deux ouvrages qui viennent de paraître à propos de la démarche de Suzanne Lebeau. Le premier, publié aux Éditions Théâtrales et coordonné par Françoise Villaume, s’intitule Le choix de Suzanne Lebeau, parcours dans l’œuvre d’une dramaturge jeunesse. Le second, publié chez Lansman Éditeur, collection «Chemin des passions», s’intitule, si justement, Le vrai désespoir, c’est l’indifférence.

Le choix de Suzanne Lebeau reprend une partie de l’analyse de l’universitaire et dramaturge espagnole Itziar Pascual sur l’écriture de Lebeau parue en espagnol sous le titre Las huellas de la esperanza en 2007 (Ensayo ASSITEJ España). Cette publication comprend également des entretiens avec des metteurs en scène qui ont créé ses œuvres, dont Gervais Gaudreault, François Girard et Christian Duchange. La deuxième publication est la retranscription de l’entrevue que l’auteure a faite avec Émile Lansman à la Librairie Gallimard à Montréal en septembre 2012. Un extrait qui donne le ton: «Si une représentation théâtrale ne laisse pas de traces profondes, je pense qu’elle est inutile. C’est du pur divertissement et ça ne m’intéresse pas.»

Gretel et Hansel

Texte: Suzanne Lebeau. Mise en scène: Gervais Gaudreault. Assistance à la mise en scène: Milena Buziak. Distribution: Catherine Dacjzman et Jean-Philip Debien. Décor: Stéphane Longpré. Costumes: Linda Brunelle. Lumière: Dominique Gagnon. Musique et environnement sonore: Diane Labrosse. Direction de production: Dominique Gagnon. Une production du Carrousel, notamment présentée à la Maison Théâtre, du 22 octobre au 3 novembre 2013, et au Studio du CNA, les 24 et 25 mai 2014.

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