Entrevues

David Paquet et les rencontres

Comme on l’indique très justement dans la notice biographique de David Paquet, son écriture est « au carrefour de l’humour noir, de la poésie et du surréalisme ». On dit aussi qu’elle « laisse une grande place aux personnages, tous des êtres d’espoir et de blessures ». L’auteur de Porc-épic, 2 h 14, Le brasier et Appels entrants illimités offre, à l’occasion du 13e Festival du Jamais Lu, une Soirée papiers mâchés, un stand-up poétique qu’il défend lui-même.

Qu’est-ce qui vous met le feu au cul? Qu’est-ce qui vous donne le gout de mettre le feu autour de vous?

David Paquet : « Le fait qu’on soit de plus en plus myopes face à la beauté. Alors que la beauté est toujours présente, on ne fait preuve que de cynisme. Je pense que c’est important de voir tout ce qui cloche, d’en prendre conscience, mais pas de devenir des éponges, pas de sombrer avec tout ce désespoir. Ce qu’on y perd est beaucoup trop précieux. En somme, que préserver l’espoir soit devenue une lutte, ça me met le feu au cul! »

Qu’est-ce qui vous éteint? Qu’est-ce qui vous étouffe? Qu’est-ce qui menace la survie de votre flamme?

D. P. : « L’indifférence. La déconnexion totale. L’apathie. La léthargie. La dépression. Cette énergie négative, cet immobilisme total me font peur, personnellement et collectivement. Cela dit, je crois que nous ne sommes pas tous chimiquement ou biologiquement égaux en ce qui concerne le bonheur. Il y a des gens pour qui le bonheur est un cadeau, pour d’autres c’est momentané, pour d’autres encore c’est un travail ardu. »

Qu’est-ce qui vous donne le feu sacré ou encore le ranime? Qu’est-ce que vous brulez de dire, de créer, de réaliser?

D. P. : « Les rencontres! Il y a quelque chose dans la force des rencontres qui me fascine. S’entendre dire “moi aussi!” ou entendre quelqu’un le dire, c’est puissant. Réaliser qu’on n’est pas seul. Cette faculté qu’on a d’avoir un impact sur les autres, je pense que ça m’allumera toujours. Ça fait partie du destin de mes personnages, mais aussi de mon parcours d’être vivant. Disons que je suis très perméable aux gens qui m’entourent et à mon environnement en général. Comme auteur, ce sont très souvent les rencontres qui me ressourcent. À mon sens, sortir de soi, sortir de chez soi, c’est vital. Je me plais à dire qu’il y a des portes qui ne s’ouvrent que de l’extérieur. »

Quel rapport entretenez-vous avec le territoire, la nature, les éléments et les animaux?

D. P. : « C’est plus ou moins présent dans mon travail. Je pense que nous sommes tous notre propre continent et que nous n’en aurons jamais fait le tour. Mon écriture agit davantage comme une loupe sur des individus et leur psychologie que sur une masse et ses mouvements sociaux. Je me sens plus apte à écrire l’individuel et le personnel que le politique et le social. Cela dit, j’adore les animaux! Il y en a tout le temps dans ce que j’écris. Si bien que je commence à concevoir mes pièces comme des  totems! »

Pourriez-vous me décrire votre soirée en trois mots?

D. P. : « Multiple. Imprévisible. Honnête. »

Pourriez-vous me décrire l’un de vos personnages?

D. P. : « Présentement, je travaille sur un dentiste qui est assez déprimé. On ne saurait le blâmer parce qu’il passe ses journées avec des enfants qui hurlent de terreur au moment où il fait entrer dans leurs bouches des objets métalliques. En réalité, il est comme eux! Il a peur, il veut s’en aller, se libérer de tout ça. Dans sa maison, où il y a plus de pièces que de visiteurs, il mange dans une serre où le mouvement imperceptible des plantes est seul à tromper sa terrible solitude. »

Pourriez-vous nommer cinq sujets abordés dans votre soirée?

D. P. : « Répression. Dépression. Oppression. Expression. Fruits et légumes. »

La Soirée papiers mâchés

Texte, mise en lecture et interprétation : David Paquet. Aux Écuries le samedi 3 mai 2014 à 20 h.

 

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