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Pour réussir un poulet

Pour réussir un poulet, la nouvelle pièce de Fabien Cloutier, met en scène des personnages a priori banals ; Carl Beaudoin et Steven Gilbert sont beaux-frères, sacrent beaucoup et font de leur mieux pour survivre dans un monde où les pauvres restent pauvres.

Peu scolarisés, pères à temps partiel et constamment à la recherche de nouvelles sources de revenus, ils acceptent malgré tout ce qu’ils ont de gros bon sens de faire des contrats « on the slide » pour Mario Vaillancourt, le propriétaire des Galeries du Boulevard. Rapidement, le contrôle que ce dernier exerce sur un microcosme de petites gens devient le moteur de l’intrigue, chaque personnage de la pièce étant, à sa façon, un pantin à la merci de l’esprit sans scrupule de l’homme d’affaires. Si celui-ci reconnaît avoir « des défauts en tabarnac », sa volonté de s’élever au-dessus de ses semblables est une motivation qui ne souffre aucune concession. 

Le décor est sombre, évoquant les centres commerciaux miteux, les épiceries glauques et les néons trop froids. Il n’est jamais surréaliste cependant, et c’est bien là que le texte touche à l’essentiel.

Ces Steven, Carl, Judith et Mélissa, nous les connaissons. Ils attendent devant nous à la pharmacie, ils assistent aux réunions de parents, ils se ruent chez Canadian Tire avant Noël. Pourtant, ils ne se sentent pas entièrement citoyens, convaincus qu’« y a du monde qui décide de profiter du fait qu’on soye pauv’ ». Ce constat réduit leur perspective, jusqu’à ce que le seul horizon qui s’offre soit celui que leur fournit Mario Vaillancourt.

Fabien Cloutier ne tombe pas ici dans le piège de la pitié ou de la condescendance ; ses personnages font des mauvais choix et sont tour à tour agresseurs et victimes, se noyant lentement mais sûrement dans un tourbillon de misère entre deux parties sur leur téléphone. Après tout, constate Carl, « ça fait un méchant boutte que j’zigonne pour avoir l’épée translucide ».

Malgré la dureté du propos, on retrouve dans Pour réussir un poulet ce qui fait la marque de commerce de Fabien Cloutier, connu notamment pour sa réécriture de La guerre des tuques  (L’instant même/Dramaturges éditeurs, 2013) ainsi que pour ses chroniques à l’émission Plus on est de fous plus on lit, sur les ondes de Radio-Canada. Récipiendaire du Prix Gratien-Gélinas 2011 pour Billy (Les jours de hurlement), cet auteur, comédien et conteur manie le verbe comme d’autres l’épée. Ses observations sont percutantes, son ton incisif, son humour mordant et pourtant, à travers tout ce qu’il écrit se lit une certaine tendresse pour ses personnages dépassés, qui tentent néanmoins d’améliorer leur sort.

La pièce Pour réussir un poulet sera présentée par La Manufacture au théâtre La Licorne, du 23 septembre au 1er novembre, dans une mise en scène de l’auteur, avec Denis Bernard, Gabrielle Côté, Guillaume Cyr, Marie Michaud et Hubert Proulx.

Communiqué de presse | Éditions L’instant même et Dramaturges Éditeurs


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