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Damnatio memoriæ | Sébastien Dodge

La première scène de Damnatio memoriæ s’ouvre sur un banquet. L’empereur Commode raconte ses exploits à un public conquis, soumis et nerveux. Gonflé de son prestige, convaincu d’être invincible, le dieu vivant, fléau des barbares du Danube, savoure sa gloire sans retenue.

Le triomphe de Commode illustre en quelques scènes exaltées la complexité de la balance du pouvoir dans les derniers siècles de l’Empire romain. Contesté par le sénateur Papirius, Commode le fait abattre dans un spectacle sanglant. Psychopathe avisé, homme violent, l’empereur qui « pète des yeules pour l’Empire » est étranglé par son favori, Narcisse, qui installe Pertinax sur le trône avant de le transpercer de son épée. À Pertinax succède Didius Julianus, dont les seules qualités se mesurent au volume de sa bourse et qui paie de sa vie son ambition : il est décapité.

Ainsi se succèdent les empereurs d’une Rome en déchéance, dans un ballet étourdissant de meurtres et d’exaltation. Leur lignage symbolique se termine avec l’arrivée des évêques de l’église primitive catholique. Or, si les symboles du pouvoir changent, si les motivations extérieures évoluent, la pièce de Sébastien Dodge montre avec éloquence que l’Homme, lui, demeure le même. Avarice, ambition, désir de domination et certitudes idéologiques prennent le dessus sur les bonnes intentions des premiers évêques de Rome, marquant le début d’un nouveau cycle de violences.

Le pari de la concision, qui montre ici les grands empereurs et les saints chrétiens défiler à un rythme haletant, s’avère une grande réussite. Grâce à un niveau de langage judicieux, Sébastien Dodge rend familiers des hommes et des femmes que l’on ne connaît souvent que par des listes impersonnelles. La rapidité des passages sur le trône fonctionne comme un rappel troublant de la fluidité du pouvoir et des bases sanglantes sur lesquelles s’est bâtie notre civilisation.

Actif sur la scène théâtrale depuis 2002, Sébastien Dodge a tenu plusieurs rôles aussi bien au théâtre qu’à la télévision. Il est un des membres fondateurs du Théâtre de la Pacotille. Il a, entre autres, écrit et mis en scène Suprême Deluxe, La Genèse de la rage ainsi que La Guerre. En 2012, on a pu le voir dans Dissidents (pièce de Philippe Ducros publiée dans la collection L’instant scène) et dans Hamlet est mort. En septembre 2013, il a produit Dominion, qu’il a écrit et mis en scène.

La pièce sera présentée, dans une mise en scène de l’auteur, par le Théâtre de la Banquette arrière, en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, du 11 au 30 novembre dans la salle principale du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, avec Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Jean-Moïse Martin, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau.

Communiqué de presse // Éditions L’instant même

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