Entrevues

Même pas peur ?

Cofondateur et directeur artistique du Théâtre Sans Domicile Fixe, Charles Dauphinais  a joué et mis en scène la trilogie Pour en finir avec…  Il a également mis en scène deux productions estivales, Pour faire une histoire courte, de Frédéric Blanchette et Cap sur Feydeau, de Georges Feydeau, toutes deux produites par le Théâtre La Parade et le Petit Théâtre de la Cité. En tant que comédien, on l’a vu au théâtre dans les pièces Bob, de René-Daniel Dubois, Je voudrais (pas) crever, avec le collectif DuBunker, et L’Opéra de Quat’Sous, de Robert Bellefeuille. 

À partir du 20 janvier, dans la salle intime du Théâtre Prospero, Charles Dauphinais présente La vie normale, une pièce de l’auteur danois Christian Lollike, un des dramaturges les plus en vue de la jeune génération. « J’ai voulu monter cette pièce parce qu’elle traite de la pression que la société exerce sur nous et sur le fait que, tranquillement, la vie normale devient un concept social quasi impossible », dit le metteur en scène.

Dans La vie normale, trois personnages tentent de raconter leur existence. L’un d’entre eux se sent traqué, observé. La paranoïa s’installe, avec son cortège de peurs et d’angoisses plus ou moins raisonnées. Qu’est-ce qui nous empêche d’avoir une vie normale, se demandent les protagonistes ? Mais qu’est-ce qu’une vie normale ?

« La normalité n’existe pas, répond Charles Dauphinais. Nous sommes des individus différents les uns des autres, qui se sont donnés des codes en collectivité pour essayer de vivre ensemble. L’idéal de vie normale, pour moi, ce serait une existence où nous sommes en accord avec nous-mêmes. Mais, être normal, c’est un concept difficile à définir. J’ai l’impression que la peur finit tout le temps par s’installer, face à l’autre, face à nous-mêmes, par rapport au corps, à notre intelligence, à notre sensibilité. Si certaines craintes peuvent agir comme des moteurs, d’autres paralysent. Nous évoluons dans une société anxiogène, où les informations et les événements distillent de la peur, mais c’est un discours dangereux, qui appelle au repli sur soi. »

Charles Dauphinais a choisi la pièce de Lollike pour la vision « acide » qu’elle donne de notre société. De la traduction en français de Catherine Lise Dubost, il a fait l’adaptation : « Je me suis rendu compte que le français un peu ampoulé fonctionnait moins bien, et je voulais que les gens puissent se reconnaître dans cette paranoia ».

Dans ce récit fragmenté, les personnages sont en observation plutôt qu’en action. Ils ne sont pas nommés, mais désignés par des lettres et la plupart des répliques ne sont pas distribuées. « Ce qui donne une grande liberté de création, reconnaît Charles Dauphinais. J’ai voulu donner l’impression que le spectacle était créé dans le moment, sous les yeux des spectateurs. Il n’y a pas de quatrième mur, les personnages s’adressent au public, dans un rapport assez direct, j’avais envie que les spectateurs fassent partie de cette réflexion. On fait du théâtre dans le théâtre, une mise en abyme, en quelque sorte.»

Pour la production de ce spectacle, Charles Dauphinais a trouvé une partie du financement auprès de donateurs privés : « le reste sortira de ma poche, dit-il en riant. Je paie parce que j’ai envie que ce texte soit entendu. Comme créateur, je sais qu’il va m’emmener loin. Au théâtre Prospero, nous sommes à la recette. Heureusement, c’est une petite production, avec trois comédiens. Nous nous sommes concentrés sur le texte, le propos, les relations entre les personnages, car tout ceci est fondamental. Le reste, c’est de la paperasse et de la poutine. Ce sont des conditions difficiles de création, où tout doit être envisagé à moindre coût, mais on va passer au travers ! Pour moi, le plus ardu est d’avoir à gérer à la fois l’artistique et la production ».

La vie normale

Texte de Christian Lollike. Traduction de Catherine Lise Dubost, adaptation de Charles Dauphinais. Avec Yannick Chapdelaine, Philippe Robert et Véronic Rodrigue. Au Théâtre Prospero du 20 janvier au 7 février 2015.

 

À propos de

Rédactrice indépendante, membre de la rédaction de JEU de 2009 à 2019, rédactrice en chef de la publication Marionnettes, elle collabore avec diverses entreprises culturelles du grand Montréal.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *