Entrevues

Justin Laramée : Éloge des femmes mûres

Codirecteur invité du Jamais Lu pour cette édition, Justin Laramée a conçu la soirée de clôture du festival en écho à celle d’ouverture, S’appartenir(e), qui réunissait huit femmes. Pour (Y) Tenir, il a rassemblé autour de lui six auteurs – Robin Aubert, Jean Marc Dalpé, Olivier Keimed, Robert Lalonde, Steve Laplante, Philippe Racine – pour évoquer la féminité…

C’est avec un enthousiasme qui faisait plaisir à voir que Justin Laramée nous a parlé de son projet, empruntant parfois quelque agréable chemin de traverse, s’emportant avec fougue et raison sur son sujet.

« Dans des formes très éclatées, parler de féminité nous a ramené à l’éducation des jeunes garçons, à la transmission de valeurs, à une certaine perte de repères, à une victimisation masculine. C’est difficile de se trouver en tant qu’homme par rapport au féminisme. Mais je constate qu’il y a un désir d’égalité très fort dans les textes. Certains sont des mises en situations humoristiques : si j’offre ma place à une femme dans le métro, si je lui tiens la porte, il n’y a pas de condescendance dans ce geste. Que devient la galanterie, à quel point peut-on l’interpréter comme étant macho ou féministe ? Je ne veux pas m’empêcher d’être galant, j’ai été élevé ainsi, ma mère m’a appris que c’est une marque de respect, tout simplement. Sans vouloir apporter des réponses, on va soulever beaucoup de questions, je pense…»

Je lui fais remarquer qu’il y a beaucoup de collectifs de femmes mais bien peu d’hommes. Pourtant, il y aurait de quoi faire. Et j’ouvre sans le savoir une brèche en risquant : « Prenons l’image de l’homme dans la publicité… » À ses mots, Justin s’enflamme : « À chaque fois que j’ai des discussions là-dessus, viennent des écueils majeurs. Je passe pour un féministe, ou pire, pour un misogyne… Je suis fatigué de l’image de gars tata qui font des paris tata, cela ne nous ressemble pas, il n’y a rien qui existe là-dedans ! Horloge biologique, c’est ça, l’image des gars… Les femmes de la génération de ma mère  – elle est née en 1960  – ont fait de nous des hommes plus complets, pourrait-on avoir une image positive des hommes ?

Au-delà de l’intention, les hommes qui  ont écrit et qui vont lire leur texte ont des filles, des femmes, des mères. Et si je dis : les hommes ont du chemin à faire et une place à prendre, disons qu’à 35 ans, j’ai moins peur de me faire lancer des pierres !

Les hommes ont perdu rapidement du terrain avec la révolution tranquille, et ils se sont assis – pas couchés, mais assis. Maintenant, c’est le temps de se lever ! L’homme peut partager le pouvoir sans pour autant éprouver une sensation de perte, il n’y a que cette solution pour la survie de l’humanité : le respect de la féminité. Il faut éduquer les jeunes dans ce respect.

Le féminisme, comme c’est écrit dans le dictionnaire,  ce sont des hommes et des femmes qui prônent l’équité des sexes. Je suis complètement féministe. Et cet élan des femmes pour prendre leur place, il faut l’appuyer et s’y investir davantage.»

(Y) Tenir

Textes de Robin Aubert, Jean Marc Dalpé, Olivier Keimed, Robert Lalonde, Steve Laplante, Justin Laramée et Philippe Racine. Mise en lecture de Justin Laramée. Au Théâtre Aux Écuries, samedi 9 mai à 20 h.

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