Nouvelles

Dévoilement des Prix de la critique Montréal

L’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) est fière de présenter les lauréats de ses Prix de la critique pour la saison 2014-2015 à Montréal. En plus des sept catégories habituelles, l’AQCT a décidé de remettre un prix spécial à Christian Lapointe pour l’expérience Tout Artaud?!, exceptionnel marathon de lecture ayant duré plus de deux jours et suscité les passions des spectateurs du Festival TransAmériques.

Meilleur spectacle Montréal  

RICHARD III, de William Shakespeare, traduit par Jean-Marc Dalpé, dans une mise en scène de Brigitte Haentjens, une production Sibyllines.
Ce spectacle de Sibyllines nous a impressionnés par sa manière équilibrée et cohérente de révéler les dimensions humaines et sociales du texte, naviguant avec adresse entre la psychologie torturée du personnage et ses cruelles stratégies politiques. La mise en scène habile et agile de Brigitte Haentjens, qui a confirmé par là sa grande maîtrise du plateau et son talent pour diriger d’imposantes distributions, a su révéler les nombreuses couches de sens du texte tout en inventant un captivant théâtre d’action, porté par de sublimes acteurs dans une scénographie épurée et efficace, laquelle permettait une mise en lumière des rapports de force entre les personnages.

Les autres finalistes étaient :
UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR, d’après Tennesse Williams, traduit par Paul Lefebvre, dans une mise en scène de Serge Denoncourt, une production Espace GO ;
LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, d’Evelyne de la Chenelière, d’après Virginia Woolf, dans une mise en scène de Denis Marleau, une production Espace GO.

Meilleure mise en scène 

SERGE DENONCOURT, pour Un tramway nommé désir, d’après Tennesse Williams, traduit par Paul Lefebvre, une production Espace GO.
De ce texte américain, Serge Denoncourt a su éclairer une dimension charnelle et décomplexée que peu d’autres metteurs en scène ont osé mettre de l’avant avant lui. Sa vision très sensuelle de l’œuvre empruntait brillamment aux codes du cinéma et révélait les personnages de Tennesse Williams dans leur brûlure vive, au seuil de la violence et du désir, dans une direction d’acteurs remarquable. Son choix de faire apparaître concrètement l’auteur sur scène, immergé dans sa création et pris de désir pour ses personnages, nous est apparu très fécond.

Les autres finalistes étaient :

BRIGITTE HAENTJENS, pour Richard III, de William Shakespeare, traduit par Jean-Marc Dalpé, une production Sibyllines ;

ANGELA KONRAD, pour Auditions ou me, myself and I, d’après Shakespeare, une production La Fabrik.

Meilleur texte original 

ENNEMI PUBLIC, d’Olivier Choinière, publié chez Leméac et produit par L’Activité et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.
À cause de sa construction dialogique précise et vertigineuse, qui enchevêtre et empile les discussions familiales dans une savante polyphonie et une parfaite illusion de naturalisme, ce texte nous est apparu brillant. Portant un regard perçant sur la société québécoise, Olivier Choinière met en lumière la pensée manichéenne et réductrice dans lesquels s’empêtrent le discours ambiant et l’opinion publique, peignant aussi un portrait saisissant des tiraillements de la cellule familiale.

Les autres finalistes étaient :
POUR RÉUSSIR UN POULET, de Fabien Cloutier, publié chez L’Instant Même et Dramaturges Éditeurs et produit par le Théâtre de la Manufacture ;
J’ACCUSE, d’Annick Lefebvre, publié chez Dramaturges Editeurs et produit par le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Jeunes publics

LES GRAND-MÈRES MORTES, de David Paquet et Karine Sauvé, dans une mise en scène de Karine Sauvé, une production Mammifères.
Délaissant la narrativité linéaire pour emprunter une forme éclatée et performative, l’œuvre de Karine Sauvé et David Paquet se déployait dans une multiplicité d’émotions et de significations, ne sous-estimant jamais l’intelligence des jeunes spectateurs et abordant avec finesse les délicats sujets de la mort et du deuil.

Les autres finalistes étaient :
LES CORBEAUX NE SE PEIGNENT PAS (LOS CUERVOS NO SE PEINAN), de Maribel Carrasco, dans une mise en scène de Boris Schoemann, une production Alas y Raíces (CONACULTA), Los Endebles et Secretaría de Cultura de San Luis Potosí (Mexique); ROSÉPINE, de Daniel Danis, dans une mise en scène de Marthe Adam, une production des Amis de Chiffon.

Hors Québec

TARTUFFE, d’après Molière, dans une mise en scène de Michael Thalheimer, une production Schaubühne (Allemagne) présentée au Festival TransAmériques.
Cette relecture courageuse osait faire de Tartuffe un authentique fanatique religieux plutôt qu’un faux dévot : de quoi parler éloquemment d’un Occident très actuel, plus souvent qu’autrement dérouté par le retour du religieux. Avec ses acteurs prodigieux et dans une scénographie très signifiante, ce spectacle embrassait aussi une variété de traditions de jeu, jusqu’à l’extrême burlesque, sans sombrer dans la caricature, naviguant aux frontières du comique et du tragique avec maestria. Une production remarquable.

Les autres finalistes étaient :
QUAND JE PENSE QU’ON VA VIEILLIR ENSEMBLE, une création collective des Chiens de Navarre, dans une mise en scène de Christophe Meurisse, production Les Chiens de Navarre et Le Grand Gardon Blanc (France) présentée à l’Usine C
LA VECCHIA VACCA, texte et mise en scène de Salvatore Calcagno, une production Salvatore Calcagno / Garçon Garçon (Belgique), présentée au Théâtre La Chapelle.

Interprétation féminine

DOMINIQUE QUESNEL, pour son rôle dans Auditions ou me, myself and I, d’après Shakespeare, adapté et mis en scène par Angela Konrad, une production La Fabrik.
Menant depuis des années une carrière admirable mais discrète, Dominique Quesnel trouve dans ses récentes collaborations avec la metteure en scène Angela Konrad des rôles à sa mesure et un territoire propice à révéler son talent. Dans le rôle d’une metteure en scène aussi tyrannique que fragile, elle usait d’autorité et de narcissisme tout en parvenant à faire apparaître les failles et les craquements d’un personnage complexe.

Les autres finalistes étaient :
CÉLINE BONNIER, pour son rôle dans Un tramway nommé désir, d’après Tennesse Williams, traduit par Paul Lefebvre, dans une mise en scène de Serge Denoncourt, une production Espace GO ;
EVELYNE ROMPRÉ, pour son rôle dans Lumières, lumières, lumières, d’Evelyne de la Chenelière, d’après Virginia Woolf, dans une mise en scène de Denis Marleau, une production Espace GO.

Interprétation masculine

SÉBASTIEN RICARD, pour son rôle dans Richard III, de William Shakespeare, traduit par Jean- Marc Dalpé, dans une mise en scène de Brigitte Haentjens, une production Sibyllines. Sébastien Ricard n’en est pas à son premier rôle remarquable sur nos scènes mais son incarnation de Richard III nous a montré un acteur parvenu à un grand degré de maturité et de contrôle. Dans le rôle mythique et vertigineux du duc de Gloucester, il était à la fois terrifiant et séduisant, articulant le basculement du personnage vers la folie dans un mouvement très subtil. Son jeu physique, maîtrisé et constant, force l’admiration, de même que son travail vocal, porté par une rythmique savamment construite qui honore la musicalité de l’écriture shakespearienne.

Les autres finalistes étaient :
ERIC ROBIDOUX, pour son rôle dans Un tramway nommé désir, d’après Tennesse Williams, traduit par Paul Lefebvre, dans une mise en scène de Serge Denoncourt, une production Espace GO ;
BENOÎT MCGINNIS, pour son rôle dans Being at home with Claude, de René-Daniel Dubois, dans une mise en scène de Frédéric Blanchette, une production Théâtre du Nouveau Monde.

PRIX SPÉCIAL

Remis à CHRISTIAN LAPOINTE pour TOUT ARTAUD?!, une production Recto-Verso, avec la collaboration du Théâtre La Chapelle et du Festival TransAmériques.
Connu comme metteur en scène, auteur, comédien et théoricien, Christian Lapointe va peut-être également marquer l’histoire du théâtre québécois par la démesure de son projet Tout Artaud?!, qui l’a mené à passer presque trois jours et nuits sur la scène du Théâtre La Chapelle en compagnie des mots d’Artaud et de quelques accessoires qui sont vite devenus décors et symboles par la magie d’un théâtre spontané et quasi-mystique. Acte de théâtre radical, la lecture-marathon aura été tour à tour spirituelle, ludique et critique, mais elle aura surtout créé chez les spectateurs un sentiment d’urgence et de nécessité d’être au théâtre, une communion rare avec la scène, en dehors de ses cadres et formats habituels. Pour toutes ces raisons, l’événement fut exceptionnel. Une vraie leçon de théâtre, sans compromis et sans fioritures.

Les Prix de la critique sont remis annuellement depuis 1985 par le biais d’un vote des membres de l’Association québécoise des critiques de théâtre suivi d’une discussion. L’AQCT compte une trentaine de membres œuvrant dans une dizaine de médias à Montréal et à Québec.

Communiqué de presse | AQCT

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *