Entrevues

Pandémie et régions du Québec : C’est le début d’un temps nouveau

Un vent d’espoir anime le Québec depuis quelques jours et les arts vivants reprennent tranquillement un air d’aller. Que nous promet le théâtre en région pour les prochaines semaines ? Rencontre avec des acteurs et actrices de la scène culturelle, dont la saison estivale, après une année pour le moins atypique, s’annonce florissante.

Existant depuis 1973, le Théâtre Parminou de Victoriaville, dont la codirection artistique bigénérationnelle est formée de Jean-François Gascon et d’Hélène Desperrier, a profité des derniers mois pour, elle aussi, se réinventer et redécouvrir des aspects importants du théâtre. « Je trouve que la pandémie apporte du positif et du négatif, affirme la codirectrice. On apprécie beaucoup les nouveaux médias et le numérique. Il y a un avantage à ça parce qu’on peut plus facilement se contacter, connecter, mais il y a aussi des désavantages comme les coûts et le temps qu’on n’a pas pour s’y consacrer. »

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Avec de nombreux projets en chantier, cette compagnie continue de surprendre et de se dépasser. Elle travaille entre autres sur Les Treize lunes, une pièce de théâtre s’adressant aux élèves de deuxième et troisième cycles du primaire, écrite par l’autrice abénakise, Nicole O’Bomsawin et qui sera jouée à 25 reprises d’ici le 9 avril. « C’est un projet de rencontre, tant au niveau des artistes que du public, puisqu’on présente le spectacle devant deux classes en simultané, l’une qui est d’origine autochtone, l’autre non, explique le codirecteur artistique Jean-François Gascon. « Pour le Parminou, c’est très technique, car on diffuse chaque fois le spectacle en direct, ajoute Desperrier. On a transformé notre salle en un grand studio de télévision. »

La compagnie en a aussi profité pour repenser certaines œuvres qu’elle avait présentées par le passé : « On a essayé une formule qu’on a appelée En chair et en mots, expose Desperrier. Ce sont des pièces déjà rodées qu’on revoit en privilégiant le minimalisme dans les accessoires et dans la mise en scène pour que tout soit axé sur l’interprète. C’est un hybride entre la lecture et le spectacle. Chaque comédien·ne a sa bulle et ça part du principe que le théâtre, c’est quoi si ce n’est pas l’acteur, l’actrice et le public ? C’est l’essence même de la représentation ! »

 Un vent de fraîcheur à Tadoussac

 Six finissant∙es, des diplômé∙es de l’École nationale de théâtre pour la plupart, se sont réuni∙es l’automne dernier avec un désir commun, celui de transmettre leur passion pour les arts de la scène en région. Ensemble, ils et elles ont créé le Théâtre des Béloufilles, une compagnie de création féministe, composée majoritairement de femmes. Cet été, leur première production sera présentée au cœur de la ville de Tadoussac, et pas moins de 40 représentations sont au programme. L’équipe a déjà rassemblé les comédien∙nes qui y participeront et compte sur le talent de l’autrice Tamara Nguyen pour écrire une pièce originale intitulée Légendes de canapé.

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« Cette pièce parlera des légendes d’hier et d’aujourd’hui, à travers plusieurs tableaux. Par exemple, on aura l’histoire de la chasse-galerie transposée au 21e siècle, avec une Honda Civic au lieu d’un canot. On dressera un portrait de la culture québécoise en général. On fera un clin d’œil à différentes séries télévisées, on imaginera une comédie musicale à partir des chansons des Trois Accords et on soulignera certains problèmes politiques et écologiques », indique la metteuse en scène du spectacle et directrice artistique de la compagnie, Héloïse Desrochers. La production est prévue du 10 juillet au 5 septembre et l’équipe ira s’installer sur la Côte-Nord dès le mois de juin.

« Un des avantages qu’on a, c’est que Tadoussac n’est passée en zone rouge qu’au moment du couvre-feu. C’est un coin assez touristique et, avec la pandémie, les Québécois·es voyagent davantage au sein de la province. », ajoute-t-elle. Grâce à un partenariat avec le Festival de la chanson de Tadoussac, le Théâtre des Béloufilles aura accès à une scène extérieure et pourra jouer devant un public, tout en respectant les mesures de distanciation sociale; une initiative qui apportera également un nouveau souffle culturel sur la Côte-Nord pour les années à venir.

Sur les berges du Saint-Laurent

De son côté, le Théâtre du Bic est aussi de ceux qui ont accordé beaucoup de place à des résidences de création au fil des derniers mois. Il s’est donné pour mission de s’investir de son mieux et de faire travailler le plus grand nombre possible d’artistes. Il faisait partie des rares théâtres à continuer de présenter spectacles cet automne et il a tenu à maintenir son niveau d’engagement envers les compagnies avec lesquelles il devait collaborer. Toutefois, malgré le fait qu’il y ait eu peu de cas de COVID dans la région – une trentaine entre mars et septembre –, l’établissement n’a pas eu le choix de suivre les directives gouvernementales et de fermer cet hiver.

[media-credit name= »Jimmy Valcourt, Les Productions Majicam inc. » align= »alignleft » width= »300″][/media-credit]

Depuis le 26 février dernier, il a repris les représentations devant public et son équipe travaille sur une production estivale prometteuse, dont le titre sera dévoilé d’ici quelques semaines. « Ça parle de notre relation à la maladie, à la mort, mais c’est extrêmement drôle, c’est jouissif. Il y a des moments très touchants, raconte Eudore Belzile, directeur artistique du Théâtre du Bic. C’est une célébration de la vie, je dirais, écrite par un infirmier qui s’appelle Baptiste Beaulieu, devenu ensuite médecin, qui est très connu en France. »

Belzile, qui travaille également à développer un balado avec les Jardins de Métis, estime qu’il y aura beaucoup plus de dommages collatéraux que de victimes liées à la COVID. « Je pense que s’il y a une période où l’art pourrait servir davantage sur le plan thérapeutique, c’est bien maintenant. »

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Ce ne sont pas les défis qui manquent pour le théâtre en 2021. Selon Hélène Desperrier, il devra d’abord « reprendre sa place, il faut redonner au public l’envie voir des spectacles, ramener les gens au théâtre. Il faut aussi que les gouvernements nous considèrent. » Eudore Belzile croit, quant à lui, qu’« il va falloir que les théâtres sortent des salles, qu’ils aillent davantage vers la communauté, vers les gens et vers les jeunes générations en particulier. »

Le directeur, qui a observé une arrivée importante de jeunes gens venant s’établir dans le Bas-Saint-Laurent depuis le mois de mars 2020, ajoute par ailleurs ceci : « Dans tous les secteurs de la culture, il faudrait revoir les nombreuses ratées de nos écosystèmes : de la formation,à la production, et jusqu’à la diffusion. On est obsédé par la quantité au Québec, on souffre du syndrome d’un productivisme stakhanoviste. Il faudrait moins d’écoles de formation, moins de productions, et il faudrait plus et mieux diffuser. On devrait aussi continuer à intégrer la diversité, et inventer de nouvelles avenues pour rejoindre les 35 ans et moins. La relation scène/salle actuelle est arrivée à la fin d’un cycle de vie utile. Se réinventer, ce n’est pas seulement emprunter l’autoroute numérique, c’est surtout retrouver les sentiers buissonniers de notre artisanat. Ce sera une belle occasion de remettre en question nos pratiques et notre savoir-faire. La santé et l’éducation devront faire de même, et plus encore, si nous voulons que notre société vieillissante et en déclin offre un avenir teinté d’un peu d’espérance aux jeunes générations. » Des défis de taille à relever en ce début de décennie.

 

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