Alors que les activités reprennent dans les lieux de diffusion culturelle, à un rythme et dans des formules variables, et que s’installe le passeport vaccinal sur fond de recrudescence des cas de COVID-19, plusieurs questions, voire plusieurs craintes, persistent quant à l’avenir de notre théâtre et, plus généralement, des arts vivants.

Au moment où les publics, clairsemés dans des salles aux jauges réduites, reviennent, enthousiastes, pour se frotter à nouveau au travail des artistes, Jeu met en lumière l’œuvre et la carrière remarquables d’une metteure en scène d’exception, Brigitte Haentjens. Le dossier bien mérité que nous lui consacrons était dans les projets de l’équipe de rédaction depuis quelques années et dut être reporté pour diverses raisons. C’est avec joie que nous vous le livrons enfin, dans l’espoir que ce modèle inspirant continue de susciter des désirs de création, sinon des vocations, où l’art et l’engagement s’amalgament.

Partout dans le monde, les artisan·es de la scène sont à revoir leurs façons de faire, à repenser l’objet de leurs actions, à rêver d’un retour à quelque chose de forcément différent de la situation d’avant, où l’art théâtral, malgré ses difficultés, il faut bien le dire, était plutôt florissant. En dépit des contraintes qui subsistent et resteront en place sans doute encore longtemps, étant donné ce qui se passe avec ce virus sur la planète et l’inégalité de l’accès à la vaccination selon les pays, les artistes trépignent, les institutions font des prouesses pour offrir des expériences artistiques qui ne soient pas que succédanés ou sous-produits. Si les spectacles en solo, qui nous réservent parfois de belles surprises, sont encore au programme des prochains mois, on voit enfin poindre quelques projets plus ambitieux. Souhaitons que ce bel élan ne soit pas stoppé une nouvelle fois.

JEU | JEU Daniel-Julien Inacio

Il reste que « nous avons eu peur que meure le théâtre », comme l’écrit si justement l’auteur Guy Régis Jr, dans un texte puissant qu’il nous a fait parvenir d’Haïti, son pays meurtri par les soubresauts politiques et économiques, quand ce ne sont pas les catastrophes naturelles. Ailleurs, en Afrique du Sud, où la situation sociale est explosive, l’état des lieux théâtral est aussi dramatique, comme le souligne l’article de Sylvie St-Jacques en ces pages. « Je crois que la pandémie mine notre art de façon plus profonde qu’il n’y paraît », énonce pour sa part Brigitte Haentjens, qui n’a pas hésité à prendre la parole à quelques reprises durant les durs mois de confinement, cette fois dans un échange de courriels avec son successeur à la direction du Théâtre français du Centre national des arts, Mani Soleymanlou, qu’on lira avec intérêt. Le théâtre existe depuis 3000 ans, il survivra, il doit revivre en offrant de nouvelles perspectives, chaque période de grande crise ayant été, au cours de l’histoire, une occasion de renouveau.

Parmi les défis à relever pour le milieu artistique, il y a celui de redonner le goût aux différents publics de retourner en salle malgré les mesures sanitaires. Les arts du spectacle vivant doivent reprendre leur place dans l’espace public, dans les médias et dans le cœur des amateurs et des amatrices. Cela ne va malheureusement pas de soi pour tout le monde. Certain·es semblent avoir pris rapidement l’habitude de se passer des œuvres et du lien inestimable, si précieux, qui peut s’établir entre soi et la création. « Il va falloir que les théâtres sortent des salles, qu’ils aillent davantage vers la communauté, vers les gens et vers les jeunes générations en particulier », déclarait Eudore Belzile sur le site de Jeu, le 25 mars 2021 (dans l’article « Pandémie et régions : C’est le début d’un temps nouveau », écrit par Marie-Laurence Marleau). Le directeur artistique du Théâtre les Gens d’en bas ajoutait : « La relation scène/salle actuelle est arrivée à la fin d’un cycle de vie utile. Se réinventer, ce n’est pas seulement emprunter l’autoroute numérique, c’est surtout retrouver les sentiers buissonniers de notre artisanat. » Sages paroles dont il faudra s’inspirer.

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