Articles de la revue Dernier numéro

D’entrée de jeu : Toujours vivant·es !

Notre numéro de décembre, avec son dossier « Renaissance », était-il prématuré ? Le monde théâtral avait vécu un répit automnal bienfaisant, nous avions renoué avec la présence en salles, appréciant des spectacles vivants qui nous redonnaient l’espoir, enfin, d’un retour à une effervescence culturelle d’autant plus essentielle après des mois de manque. Malgré les mesures sanitaires, nécessaires, malgré le couvre-visage à conserver durant toute la représentation, les rencontres, les discussions à l’extérieur après la sortie du théâtre étaient enfin possibles. Et toute une rentrée d’hiver s’annonçait : des œuvres attendues, prévues d’abord au printemps 2020, d’autres nées quelque part en 2021, allaient prendre l’affiche. Le menu était copieux, amatrices et amateurs allions être au rendez-vous, assurément. Puis, la nouvelle est tombée : le nouveau variant, Omicron, allait, à nouveau, jeter à terre tout ce bel édifice élaboré avec résilience et détermination.

Nous voici en mars, deux ans après le basculement du monde dans cette pandémie, et on se croirait parfois encore au début, après cinq vagues successives, qui ont causé beaucoup de dommages à notre société, et en particulier aux milieux culturels. Des ravages pas toujours visibles, comme le révélait La Presse à la fin janvier1, dans un article portant sur les suicides de techniciens de scène et d’artistes, tragiquement nombreux, survenus au cours des derniers mois. Des pertes individuelles qui marquent un échec plus collectif qu’il n’y paraît au premier abord. Les confinements, l’isolement qui perdure, les morts et la maladie, la non-reconnaissance par les autorités gouvernementales de la nécessité de l’art ont atteint l’équilibre et la santé mentale de toute une population.

Et à présent ? Lors de la réouverture des théâtres en février, la grogne était forte dans le milieu, et les artistes, comme les artisan·es d’autres secteurs, ont tenu à déclarer : ça suffit, on ne veut plus de fermetures ! Ces arrêts répétés, forçant annulations et reports, ne sont évidemment pas viables à long terme. L’engorgement guette les programmations, des œuvres seront perdues, d’autres n’auront plus leur pertinence. On a accepté de s’adapter, de mettre en place des protocoles sanitaires pour protéger tout le monde, maintenant il faut aller de l’avant. Dans un souci de se faire bien comprendre, des gens du théâtre et de la danse ont lancé sur les réseaux sociaux un appel pour trouver un slogan que devrait arborer chaque affiche de spectacle, chaque devanture de salle dans les prochains mois. Plusieurs bonnes idées ont été énoncées, parmi lesquelles j’aime bien celle-ci : Toujours vivant·es ! Un clin d’œil à Gerry Boulet, bien pensé.


Nous vous offrons aujourd’hui un dossier « Science, on joue ! », qui, sous ses dehors ludiques, n’en comporte pas moins des réflexions profondes, des informations captivantes, parfois inquiétantes, et des témoignages passionnés. Sur la couverture : la formidable Dominique Leclerc, qui a semé une étincelle dans l’âme des spectatrices et spectateurs, la saison dernière, avec son lumineux spectacle i/O. Elle compte parmi les créatrices et créateurs qui s’expriment ici, mais nous accueillons également avec joie quelques scientifiques d’horizons variés. Il est question, notamment, d’intelligence artificielle et de posthumanisme, de médecins en scène, d’hypnose, de neurodiversité et de science-fiction. Hors dossier, on s’intéresse aux bienfaits du théâtre étudiant, à la culture sourde, à la décolonisation des arts, au Théâtre Aphasique et au théâtre haïtien. Des plongées dans l’œuvre de la Mexicaine Isabel Toledo et du Portugais Tiago Rodrigues, nouveau directeur du Festival d’Avignon, complètent le menu. Et que se poursuive la renaissance !

1 Charles-Éric Blais-Poulin et Marissa Groguhé, « Quand le rideau tombe à jamais », La Presse, le 29 janvier 2022.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.