Dernier numéro JEU 190 ∙ Cirque à tout faire

18ᵉ FTA : avoir des causes à cœur

© Marikel Lahana

Le public du FTA a rendez-vous avec deux spectacles éminemment politiques cette année du 22 mai au 6 juin. L’un est signé par l’autrice et metteuse en scène française Rébecca Chaillon, l’autre a été créé par le dramaturge portugais et directeur du Festival d’Avignon, Tiago Rodrigues. Entretien avec deux artistes qui font du théâtre par conviction.

« Est-ce que l’idée de résistance armée va devoir revenir un jour, comme c’était le cas dans le passé ? » Cette interrogation est celle de Tiago Rodrigues dans Catarina et la beauté de tuer des fascistes, l’une des pièces du directeur du Festival d’Avignon qu’il présentera fin mai à l’occasion du Festival TransAmériques, soit un an après sa programmation lors l’emblématique manifestation internationale des arts du spectacle vivant. Derrière un titre qui intrigue se cache l’histoire d’une famille qui n’a jamais cessé d’utiliser la violence, qui la voit même comme une forme de participation politique: depuis 70 ans, pour honorer la mémoire de Catarina Eufémia, cette ouvrière agricole assassinée pendant la dictature de Salazar au Portugal , un clan perpétue la tradition du meurtre d’un fasciste. « Cette fiction absurde, avec une moralité à contre-courant, m’habite depuis que je retrouve dans nos démocraties une certaine impuissance face à la montée du populisme d’extrême droite, ultra-conservateur et d’inspiration fasciste, qu’on voit prendre différentes formes un peu partout dans le monde et qui sont connectée par les mêmes valeurs », confie-t-il.

En réalité, Tiago Rodrigues, avec Catarina et la beauté de tuer des fascistes, souhaitait moins traiter du fascisme en tant que tel que de son héritage contemporain. « En utilisant le mot fasciste dans le titre, je veux invoquer cette inspiration que certains de ces mouvements essaient de cacher pour se normaliser et que d’autres, au contraire, revendiquent encore », explique l’auteur, metteur en scène et comédien. Tiago Rodrigues sait de quoi il parle, puisqu’il est venu au monde trois ans après la révolution portugaise qui célèbre cette année ses cinquante ans. « Je suis de la première génération qui est née et a grandi en démocratie, mais entourée de la mémoire et du vécu de celles et ceux qui ont vécu en dictature. J’ai toujours été bousculé par les résidus du fascisme dans mon pays qui a duré plus de 40 ans », dit-il. D’une certaine façon, il croit reconnaître dans la société portugaise actuelle la peur de l’oppression, du patriarcat et du fascisme, avec tous les risques qu’elle implique. « En même temps que je comprenais comment traiter tout cela en théâtre, je constatais la montée de l’extrême droite au Portugal qui arrivait un peu plus tardivement que dans le reste de l’Europe. Les liens sont invisibles, mais très forts. » De fait, l’utilisation du terme fasciste, à la fois interdit et offensant, fait appel à des dimensions émotionnelle et sentimentale, parfois même historique, mais certainement pas scientifique. « Parce que je suis artiste, je me permets d’utiliser les mots avec des règles légèrement différentes que les journalistes ou les chercheurs ou les académiciens », fait-il remarquer.

(Le sujet vous intéresse ? Lisez la suite dans JEU 190.)

Amélie Revert

À propos de

Journaliste indépendante, Amélie Revert écrit pour JEU, Le Devoir et divers magazines québécois. Elle a œuvré pendant presque trois ans au Journal Métro et, avant d’arriver au Québec, comme reporter radio et télévision à Saint-Pierre et Miquelon ainsi qu’à Paris.