Dernier numéro JEU 190 ∙ Cirque à tout faire

Les bons grains de l’ivresse

© Sébastien Loze

Avec Les Érotisseries, Carmagnole présente un cabaret mélangeant néo-burlesque et cirque pour un public averti. Qu’en est-il des autres spectacles de cirque pour adultes ?

Le cirque est fondamentalement un espace dans lequel les frontières se brouillent; entre les disciplines, bien entendu, mais aussi entre les publics. La réception d’un spectacle par des enfants en donne une idée : certain·es applaudiront, riront et en demanderont plus alors que d’autres demanderont à sortir de la salle, éprouveront de la peur ou de l’anxiété. Le risque faisant partie du spectacle, le cirque serait donc, par sa nature même, un lieu pour spectateurs et spectatrices ouvert∙es d’esprit.

Il existe tout de même des pratiques plus clairement dédiées à un public adulte. C’est d’autant plus le cas lorsque le cirque se rapproche du néo-burlesque ou du cabaret. Prenons en exemple Les Érotisseries de Carmagnole, une compagnie de cirque social qui a présenté plusieurs itérations de ce spectacle depuis 2005, en collaboration avec Espace Libre. La mission de la troupe, « promouvoir les arts carnavalesques d’artistes locaux et internationaux par la création d’espaces de découvertes, d’expression libre, d’exploration et d’échanges », sonne juste lorsque vient le moment de parler de cet événement. On y voit exprimés les fantasmes des artistes qui y participent, en toute liberté et sans aucune censure.

Nudité frontale, actes sexuels simulés mais explicites, fétiches, expériences BDSM sont élevés au rang de performances aux horizons variés, pénétrées par des réflexions profondes sur la féminité, l’intériorité et la politique. Les trois créatrices et interprètes, Éliane Bonin, Marie-Christine Simoneau et Catherine Desjardins-Béland veulent y libérer la parole des femmes, y célébrer la diversité et la puissance des corps et opposer à la morosité morale ambiante l’explosion carnavalesque de la pluralité circassienne. Ces intentions, qui dépassent le simple divertissement, sont annoncées par le sous-titre « essais érotiques consensuels », donné à l’événement.

(Le sujet vous intéresse ? Lisez la suite dans JEU 190.)

Philippe Mangerel

À propos de

Membre du comité de rédaction de JEU depuis 2019 et vice-président de l’Association québécoise des critiques de théâtre depuis 2021, Philippe Mangerel est un artiste pluridisciplinaire dont les instruments privilégiés sont l’écriture et le corps, le théâtre et la danse. Intéressé par l’hybridité des formes, l’avant-garde et les questions touchant à l’identité, au pouvoir et à la sexualité, il adapte et met en scène Hamlet-machine de Müller (Paris, 2005), écrit et interprète L’Archange (Montréal, 2010) et danse pour différents projets.