Critiques

La Vérità : Cirque daliesque

Depuis le très touchant Icaro, que j’avais vu deux fois à Montevideo en 1994, puis à Québec et à Montréal, Daniele Finzi Pasca a fait bien du chemin dans le monde des images, de New York à Turin, en passant par Londres et Moscou. S’appuyant sur une riche expérience circassienne avec les cirques du Soleil et Éloize, il a su éblouir –plus qu’émouvoir– par un sens de la beauté mis au service d’une très libre imagination. De plus en plus ambitieux, ses spectacles comptent maintenant une armée d’hommes et de femmes aux multiples talents. Un succès international lui donne en effet les moyens de réunir aujourd’hui danseurs et acrobates, contorsionnistes et jongleurs, chanteurs et clowns, musiciens et marionnettistes, fakirs et transformistes, la plupart des artistes réunissant plusieurs de ces chapeaux, en plus d’autant de personnel de soutien en coulisse.

En prime, cette fois, le metteur en scène de Lugano hérite d’une toile oubliée de Dalí qui va nourrir son inspiration. La Verità se présente donc comme une série de numéros de cirque, bien léchés comme nous y a habitués l’empire Laliberté, où les signes de l’effort et de la prouesse s’effacent devant la grâce. L’humour est aussi au rendez-vous, les interprètes se tiraillant ou se jouant des tours… entre leurs numéros. Les costumes excentriques (hommes et femmes portant robes à frou-frous et trucs à plumes, tutus et pointes), les accessoires surréalistes (têtes de rhinocéros, tubes de néon…) ou carrément daliesques (béquilles, brouette-taureau, tête de cheval, pluie de yoyos, grands drapés) font référence à la magnifique toile Tristan fou que Dalí a peinte il y a 70 ans et qui sert ici de rideau de scène.

En plus de s’en inspirer, on la décrit avec humour, on parle de la vendre aux enchères, on en projette des parties en les déformant. Derrière et devant cette œuvre caractéristique du peintre catalan se dépensent pendant deux heures une douzaine d’artistes de cirque très talentueux, certes multi-doués, à la voix d’or et au corps d’athlète, parlant sabir ou un français très accentué, mais chantant en italien. On commence à applaudir chaque numéro, puis, retenue ou lassitude, on reste coi, malgré la beauté des images et tout au long des interminables saluts qui, surprise, calquent le French cancan !

La Vérità
De Daniele Finzi Pasca
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 3 février 2013

 

Michel Vaïs

À propos de

Docteur en études théâtrales, membre de la rédaction de JEU, il écrit dans la revue depuis le premier numéro. Secrétaire-général de l'Association internationale des critiques de théâtre depuis 1998, il voyage beaucoup à l’étranger.

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