Critiques

La cantate intérieure : Quand l’art rencontre son public

Avec son côté bon enfant et chaleureux bien assumé, le Festival du Jamais Lu est reconnaissable entre mille. Force est de constater qu’après l’éclectisme et l’électricité qui se dégageaient de L’abécédaire des mots en perte de sens concocté par Olivier Choinière au jour 1 du festival, la lecture de La cantate intérieure de Sébastien Harrisson s’annonçait plus calme. C’est encore portée par les phrases de Dany Boudreault qui a donné au mot « poésie » la sensibilité et la magie qui lui sont dues et par le souvenir des textes de Fabien Cloutier, Larry Tremblay et de plusieurs autres auteurs entendus lors de cette soirée inaugurale que je me suis présentée aux Écuries pour une seconde plongée au cœur de cette 12e édition.

La cantate intérieure est le titre du texte de Sébastien Harrisson, mais c’est aussi une installation d’art contemporain dont il est question dans la pièce. Une jeune artiste imbue d’elle-même, Zoé Wandorsky, a conçu cette installation qui consiste principalement en une bande sonore sur laquelle est enregistrée une histoire. Cette histoire, c’est celle, imaginée par Zoé, de Claire Bonaparte, une femme qui a autrefois séjourné dans la chambre de l’hôtel maintenant désaffecté qui sert de réceptacle à La cantate intérieure. Un homme, le genre qui ne va pas s’approcher d’une œuvre d’art sauf par accident, vient pourtant toutes les semaines écouter cette histoire. Il visite invariablement cette partie de l’exposition et aucune autre. Mystifiée de voir que quelqu’un s’intéresse ainsi à son travail, la jeune artiste confronte l’homme pour tenter de comprendre l’intérêt de ce dernier.

Le texte de Sébastien Harrisson a l’immense mérite de soulever plusieurs questions sur l’art, l’artiste et le public à qui il s’adresse. En ce sens, il rejoint tout à fait la ligne directrice de la présente édition du Festival qui chercher à témoigner de « ce qui nous lie aux autres ». L’œuvre manque peut-être de relief pour le moment, dû à ses personnages qui peuvent sembler unidimensionnels et à l’histoire de Claire Bonaparte qui parvient au spectateur en blocs monolithiques, rendant son récit un peu trop séparé du reste de l’œuvre. La fin témoigne néanmoins d’une fraîcheur et d’une liberté qui mériteraient de contaminer le reste de l’œuvre tant cette finale a l’immense qualité d’a la fois surprendre et sembler inévitable, comme si tout se mettait en place et se brouillait en même temps. Les pistes de lecture multiples qui en découlent sont à l’image de l’art dont il est tant question dans la pièce : un art qui parle à ses contemporains. 

 

Le festival du Jamais Lu se poursuit jusqu’au 10 mai

 

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