Critiques

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne sʼarrête pas : Néron de banlieue

L’une des forces de la plume de Steve Gagnon, jeune auteur de La montagne rouge (sang) et Ventre, c’est cette habileté à intégrer la langue quotidienne à des phrases construites sous une forme poétique plus classique. Chez lui, les sacres québécois et les mots de ville servent à faire des images on ne peut plus éclatantes de beauté. Gagnon a imaginé une histoire inspirée de Britannicus de Racine avec cette façon d’écrire qui est sienne, mais cette fois, la magie n’opère pas.

De la pièce écrite en 1669, Steve Gagnon n’a gardé que la structure de base: deux frères, leurs amoureuses respectives, une mère prête à tout pour que la cellule familiale reste tissée serrée. Dans En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne sʼarrête pas, cette famille étouffante vit à Montréal, près d’un IGA. L’ouverture du spectacle est brillante, bien crue comme Steve Gagnon sait le faire. Britannicus et Junie se jurent de s’aimer d’une passion dévorante, dont Néron entend les échos, la nuit, lui qui dort tout près. Néron (brillant Renaud Lacelle-Bourdon), mi-fou, machiavélique, traversé de temps à autre par un spasme de douceur, désire posséder l’amoureuse de son frère et renie sa femme Octavie.

Dans cet espace encombré, un décor formé d’électroménagers, de néons en tubes et d’un matelas jeté par terre, les personnages vivent une tragédie qui relève d’une autre époque, à la manière de banlieusards bien actuels. Et c’est là que le bât blesse. On a adapté le langage, mais pas les enjeux, provoquant un décalage constant entre le langage et les actions. Par contre, dès qu’il s’éloigne de la structure et du ton de Racine, la plume de Gagnon reprend sa force et le spectacle, sa vigueur. Dans une mise en scène un brin clinquante, En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne sʼarrête pas offre plusieurs très bonnes scènes mais peine à offrir une adaptation contemporaine fluide de la pièce de Racine.

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne sʼarrête pas. Texte et mise en scène: Steve Gagnon. Production du Théâtre de la Manufacture. À La Licorne jusqu’au 9 novembre.


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