Critiques

Chaîne de montage : Échec sur toute la ligne

Avez-vous déjà entendu parler de Ciudad Juárez, cette ville frontalière mexicaine située en face d’El Paso, où pullulent les usines manufacturières (les maquilladoras) ? Ce qui s’y passe relève du cauchemar : non seulement on y exploite sans merci les travailleurs pour fournir à bas prix toutes les bébelles dont les occidentaux raffolent, de l’aspirateur au grille-pain en passant par l’étui pour iPhone, mais on y compte par milliers les meurtres et disparitions de femmes.

Qui est responsable de cette hécatombe ? Nul ne le sait, car la police brille par son inefficacité, voire son indifférence. Incompétence ou corruption ? Le fait est qu’à Juárez, la pauvreté des travailleuses d’usine côtoie les millions des narcotrafiquants…

On ne parlera jamais assez de l’esclavage moderne, de l’injustice sociale, et de la violence endémique qui sévit dans certains coins du monde et dont les femmes sont trop souvent les victimes ; mais tout est dans la manière.

Malheureusement, on ne sort pas de Chaîne de montage révoltés par cette réalité mais exaspérés par l’insupportable monologue qu’on vient de nous infliger, sorte de concentré de tout ce que l’on peut faire de pire au théâtre, tant sur le plan du texte que de la mise en scène et du jeu d’acteur.

Théâtre, d’ailleurs, il faut le dire vite, car on a plutôt l’impression d’assister à une mauvaise conférence dans un sous-sol d’église, où une oratrice mal à l’aise (Linda Laplante) en fait des tonnes pour nous convaincre que ce qu’elle dit est grave, débitant des statistiques qui semblent sorties tout droit de Wikipédia, et saisissant son téléphone intelligent pour nous lire des extraits de commentaires trouvés sur Trip Advisor.

Cette dénonciation scolaire, mêlée de compassion artificielle et outrancière, et d’un mea culpa mal senti de consommatrice à l’affût du meilleur prix, menace de nous faire périr d’ennui dès les premières de ces 80 interminables minutes. Les phrases creuses y disputent aux lieux communs et aux vaines tentatives de l’auteure (Suzanne Lebeau) d’injecter du style par des répétitions maladroites (Ex. : « Le profit, le profit à tout prix, le profit à n’importe quel prix. »).

Quand la comédienne se précipite à travers un mur de jerricanes d’eau (autour de Ciudad Juárez, c’est le désert) en s’ordonnant « Tais-toi ! » sans la moindre conviction, on se dit qu’on a atteint le fond du bidon et que l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions…

Chaîne de montage

Texte de Suzanne Lebeau. Mise en scène de Gervais Gaudreault. Une coproduction du Théâtre de Quat’Sous et du Théâtre du Carrousel. Au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 21 novembre 2014.

 

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