Critiques

Constellations : Univers parallèles

Une vie se résume en une série de choix, certains pris sur un coup de tête, d’autres longuement mûris. Si, ce soir-là, vous aviez donné votre numéro de téléphone à ce garçon séduisant? Si, plutôt, vos routes n’avaient fait que se percuter? Votre trajectoire serait indéniablement modifiée, mais la fin serait-elle au fond différente?

Nick Payne, jeune auteur britannique (30 ans tout juste), nous offre une réflexion des plus intrigantes sur les multivers dans Constellations, questions et doutes se chevauchant, laissant le spectateur libre d’interpréter les fragments.

Philippe et Marie-Anne se croisent pour la première fois lors d’un barbecue donné par une amie commune. Il est apiculteur, elle travaille en cosmologie. Destinée? Hasard? Qu’arriverait-il si une seule phrase de ce dialogue initial était modifiée? Le dramaturge nous le démontre, à travers des versions alternatives de chaque scène, les épisodes se transformant au fur et à mesure, mais menant tous inexorablement vers un diagnostic de tumeur au cerveau chez Marie-Anne.

On croisera les protagonistes à différents carrefours importants : leur rencontre, la demande en mariage, leur réaction par rapport à l’adultère de l’un ou l’autre, leurs retrouvailles après quelques années s’ils choisissent des vies parallèles, face au cancer qui rendra l’élocution de Marianne plus difficile.

Le plateau est fragmenté par des panneaux de verre à angle qui rappellent les portes à tambour dans lesquelles on s’engouffre, au centre desquels officie l’auteur-compositeure-interprète Fanny Bloom au piano, reine de la ruche qui ponctue les segments de pages musicales éthérées, qui évoquent tantôt Satie, tantôt les chansons les plus sombres de Pierre Lapointe. On retiendra particulièrement la pièce-titre Constellations (que l’on retrouve sur un EP) qui traite de l’ultime choix.

Si la traduction de David Laurin transmet bien le vocabulaire des jeunes trentenaires d’ici, la mise en scène de Jean-Simon Traversy semble parfois un peu plaquée. L’intimité de la Petite licorne et la scénographie relativement imposante limitent certes les mouvements des deux interprètes, Alexandre Fortin et Stéphanie Labbé, qui démontrent cependant une belle complicité. Les angles du texte, qui multiplient les détournements et retournements à 90 ou 180 degrés gagneront à être limés au fil des prochaines représentations et les ponctuations entre les scènes mieux définies. Malgré tout, une certaine magie opère indéniablement et on a hâte de retrouver la voix si particulière de Nick Payne.

Constellations

Texte de Nick Payne, traduit par David Laurin. Mise en scène de Jean-Simon Traversy. Une production La Parade. Au Théâtre La Licorne jusqu’au 19 février 2015. 

Lucie Renaud

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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