Critiques

Machine de cirque : L’humanité avant tout

Les attentes se révélaient énormes pour ce premier spectacle éponyme de Machine de cirque et elles n’ont pas été déçues. Scénographie inusitée sans être envahissante, performances exceptionnelles de quatre artistes circassiens aux personnalités fortes (Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Ugo Dario et Maxim Laurin), intégration particulièrement réussie du multiinstrumentiste Frédéric Lebrasseur, dramaturgie cohérente qui incorpore aussi des moments de pure poésie : tout fonctionne parfaitement ici, a été réfléchi, peaufiné, rodé au quart de tour, nous mène irrévocablement vers l’apex.

Lancer un appel

Jamais les hommes ne ploient sous le poids de la machine qu’ils sont occupés à construire, dans l’espoir infime que, quelque part peut-être, un autre entendra leur appel. Ils s’en servent, détournent les utilisations premières de certains objets, la transcendent, comme le souvenir de la technologie (hilarante session d’égoportraits avec un Polaroïd) et de la femme. Celle-ci est conjurée lors d’un numéro particulièrement subtil évoquant le premier rendez-vous, les complices devenant autant d’accessoires (tables, chaises, moto…) ou traitée au deuxième degré quand les efforts de l’unicycliste sont soutenus par ses compères, adoptant des poses suggestives.

La musique est essentielle à l’évolution de l’histoire et le metteur en scène Vincent Dubé a choisi de tisser son fil narratif aux propositions aux esthétiques complémentaires et fluctuantes de Frédéric Lebrasseur (qui privilégie des improvisations particulièrement réactives). Celui-ci campe de plus avec conviction le rôle du clown, qu’il boude quand les autres cherchent à lui enlever ses baguettes, peine comme un forçat pour placer dans la structure un instrument de percussion rappelant une flûte de pan géante ou fasse partie d’un furieux numéro de jonglerie qui laisse pantois.

Une approche globale

On s’attend à voir exceller les artistes de cirque dans leurs disciplines respectives. Avec Machine de cirque, cela va bien au-delà de l’étalage de prouesses – certes indéniables. Chaque tableau, ou presque, est pensé pour intégrer l’ensemble de la distribution, les jongleurs devenant acrobates et vice-versa, le numéro de serviettes des Beaux Frères (Yohann Trépanier et Raphaël Dubé) étant décliné pour quatre, le musicien servant de point d’appui dans le segment époustouflant de planche coréenne, Ugo Dario et Maxim Laurin y démontrant une fois de plus leur maîtrise parfaite de l’engin et le raffinement de leurs figures, qui donnent par moments l’impression d’être suspendues.

On sort de la Tohu séduits, transportés par l’ingéniosité de la proposition, avec une envie de revoir le spectacle, impatient déjà de découvrir le prochain. Chapeau !

Machine de cirque

Idée originale, écriture du spectacle, direction artistique et mise en scène : Vincent Dubé. Collaborateurs à l’écriture et à la mise en scène : Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Maxim Laurin, Ugo Dario et Frédéric Lebrasseur. À la Tohu, à l’occasion du festival Montréal Complètement Cirque, jusqu’au 12 juillet 2015.

Lucie Renaud

À propos de

Décédée en 2016, elle était professeure, journaliste et rédactrice spécialisée en musique classique, en théâtre et en nouvelle littérature québécoise.

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